Le buzz de cette première semaine de Roland-Garros, c’est « l’apéritif » improvisé de Djokovic avec un ramasseur de balles. Le genre de moment dont le public raffole. Alors pour les plus gourmands, le Mag We Are Tennis vous en offre dix autres.

Alors que débute la deuxième semaine de Roland-Garros, que retenir de la première ? Beaucoup de pluie, la sortie de Stanislas Wawrinka au premier tour ou encore le dernier happening de Novak Djokovic: son « apéritif » improvisé sur un banc du Philippe-Chatrier avec un ramasseur de balles. Le genre de moment dont le public et les téléspectateurs raffolent. Pour les plus gourmands, en voici dix autres, entre insolation et ancien soldat d’Afghanistan.

 

1/ « Non, non, ne le disqualifiez pas »

 

Chez les Henman, Wimbledon est une affaire de famille : son grand-père et son arrière-grand-père ont joué le tournoi, ainsi que sa mère dans la catégorie junior. Quant à son arrière-grand-mère maternelle, Elle Mary Stowell-Brown, elle est la première femme à avoir servi au-dessus de l’épaule à Wimbledon. Rien d’étonnant donc à ce que le fils Tim entre lui aussi dans les annales de la compétition, d’une manière bien moins glorieuse… En 1995, le Britannique, tout juste 20 ans, devient le premier joueur de tennis de l’ère Open à être exclu du prestigieux tournoi londonien. Son tort ? Au 4e set d’un double l’opposant à Henrik Holm et Jeff Tarango, il encaisse un retour gagnant et passe ses nerfs sur une balle qui heurte de plein fouet la tête d'une jeune ramasseuse, Caroline Hall. Cette dernière se souvient : « Je ne me sentais pas si mal que ça et en plus j’avais 16 ans à l’époque, un âge où l’on n’a pas envie de perdre la face. Je me suis assise et on m’a mis un sac de glace sur le visage. Personne ne m’a demandé mon avis, mais je criais : ‘Non, non, ne le disqualifiez pas !’ » Trop tard.

 

 

2/ « Je veux qu’on me laisse tranquille ! »

 

Chaque année à l’US Open, quelques 250 ramasseurs de balles sont triés sur le volet pour avoir la chance de porter la serviette des meilleurs joueurs de la planète. La chance, vraiment ? À Flushing Meadows, être au service de Roger Federer ou Rafael Nadal est un travail comme les autres, rémunéré au taux horaire de 7,75 dollars (5,69 euros). « Je ne veux pas que l’on me considère comme quelqu’un de différent. Je veux simplement prendre mon argent et qu’on me laisse tranquille », lâche au Daily News Ryan McIntosh, 23 ans, ramasseur – ne lui en déplaise – pas comme les autres. Ancien soldat de l’armée américaine en Afghanistan, il est en 2010 victime d’une mine terrestre qui l'oblige en urgence à se faire amputer de sa jambe droite, juste en-dessous du genou. Deux ans plus tard, McIntosh porte la même prothèse flexible que les sprinteurs handisport en athlétisme et devient l’un des meilleurs ramasseurs du tournoi américain. « Ce qui a été difficile, c’est de convaincre les organisateurs, se souvient-t-il. Mais je leur ai dit que si j’étais capable de jeter une grenade, je pourrais très bien lancer une balle de tennis. »

 

 

3/ « J’espère qu’on ne me prendra plus pour James Blake »

 

« C’est le genre de match qui ne badine pas avec l’amour ». Les mots sont de Jim Courrier. Et évoquent avec emphase l’un des plus belles romances de l’histoire du tennis : le célèbre quart de finale de l’Open d’Australie 2003, opposant Andy Roddick à Younes El Aynaoui. Alors que le score est de 19 jeux partout au cinquième set, l’Américain laisse sa raquette à un ramasseur de balles. Il est quasiment minuit. Après avoir servi quatorze fois pour rester dans le match, Roddick a besoin d’une pause. « C’est à moi de servir - j’étais très concentré - et au moment de lancer la balle, raconte El Aynaoui, je le vois s’asseoir et donner sa raquette à un ramasseur de balles. Alors je me retourne et je fais la même chose. Les deux ramasseurs ont joué un ou deux échanges pour rigoler, ça a duré trois ou quatre minutes et je me suis fait breaker sur ce jeu. Je n’ai jamais cru qu’il l’avait fait sciemment ». L’instant est surréaliste. La plaisanterie tourne à l’hystérie collective. Le public est aux anges. Malheureusement pour le Marocain, cette saynète se ponctue deux jeux plus tard par une victoire de son adversaire (21-19). Aucun regret ? « Non, c’est je pense le plus beau souvenir de ma carrière, assure-t-il. Maintenant, au moins, j’espère qu’on ne me prendra plus pour James Blake. »

 

 

4/ Nandrolone, Titanic et dépression

 

Si côté court, Greg Rusedski est connu pour son gros service, côté cœur, le Canadien fait aussi dans le tennis. Il est de notoriété publique qu’il a rencontré sa femme en 1991 sur un court. Une joueuse ? Non, une ramasseuse de balles alors âgée de 15 ans - il en avait 18 - prénommée Lucy. Quand, en 2004, Rusedski est contrôlé positif à la nandrolone lors du tournoi d'Indianapolis, qui se trouve à ses côtés ? « J’ai fait une dépression de six mois mais Lucy était là pour moi. Je n'aurais pas pu tenir sans elle. Elle a été mon rocher, explique-t-il dans The IndependentLe jour où j’ai reçu le coup de téléphone m’apprenant cette terrible nouvelle, nous étions, Lucy et moi, sur le canapé d’une chambre d’hôtel au Caire en train de regarder Titanic… Le navire n’avait pas encore coulé, Dieu merci ! »

 

5/ « Si je n’aime – et je ne sais pas pourquoi – le ramasseur de balles… »

 

Drogue, casino, tenues colorées et cuir chevelu peroxydé : Andre Agassi restera dans l’histoire une légende du tennis grâce à son palmarès mais aussi l’image qu’il s’est construite, faite de superstitions. Parmi ses petites manies, celle de vérifier toujours que les ramasseurs de balles soient bien à leur place avant de servir. Quitte à faire la circulation. Une mauvaise habitude reprise par Janko Tipsarevic. « Pendant un match, si je n’aime pas -  et je ne sais pas pourquoi - le ramasseur de balles, je ne pourrai pas accepter une seule balle de lui. Et ce jusqu’à la fin du match, nous confessait-il l’année dernière. Même si je prends un avertissement parce ce que je tarde trop, je vais toujours demander à ce que il ou elle passe la balle à un autre, et c’est l’autre ramasseur ou ramasseuse qui pourra alors me lancer la balle… Ça me tombe dessus comme ça, et ça ne me lâche pas. Je ne peux rien contrôler. »

 

6/ Jupe moulante, mannequins et petites Anglaises

 

Chaque printemps, et ce depuis 10 ans maintenant, c’est le même défilé : le comité de direction du tournoi de tennis de Madrid accueille une petite trentaine de mannequins pour leur confier les postes de ramasseuses de balles. Le but ? Faire le buzz. Face aux petites Anglaises sages et effacées de Wimbledon, recrutées sur concours scolaire, leurs homologues espagnoles aux formes généreuses et débardeurs moulants dénotent fortement. Si certaines associations féministes et quelques députés espagnols se sont élevés contre le caractère « sexiste et frivole » d’une telle initiative, Andre Agassi s’est montré, en 2004, sceptique pour une toute autre raison : « Il est difficile, pour ne pas dire plus, de se concentrer sur la balle avec toutes ces jolies filles. Mais je suppose que j'ai un avantage - je suis habitué à jouer avec ma femme (Steffi Graf, ndlr). Le problème, c’est leurs jupes. Elles sont trop longues pour exécuter des gestes physiques. Ce serait mieux pour tout le monde si elles étaient plus courtes. »

 

 

7/ « Le ramasseur qui saute et fout en l'air mon point, c'est improbable ! »

 

« Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. » Si cette citation du poète français Jean de la Fontaine, dans Le Lièvre et la Tortue, a traumatisé bon nombre d’écoliers, un enfant semble être passé entre les gouttes des soporifiques cours de littérature. Un jeune ramasseur de balles de Roland-Garros qui, en 2011, a la bonne idée d’entrer sur le court au moment précis où Viktor Troicki frappe un smash au bord du filet, sans se rendre compte que l’échange n’est pas fini. Un smash réussi, certes, mais l’arbitre, appliquant le règlement à la lettre, doit annuler le point. Au grand désarroi du Serbe qui laissera filer ce huitième de finale à Andy Murray. « Cet incident m'a perturbé sur un ou deux points, explique-t-il. Je n'ai jamais vu cela depuis que je regarde du tennis à la télé ou que je joue au tennis. Jamais vu une telle situation. Le ramasseur qui saute et fout en l'air mon point, c'est improbable ! »

 


 

 

8/ Pizza, Federer et médaille en chocolat

 

Chaque année, c’est le même rituel : Roger Federer offre une soirée pizza aux ramasseurs du tournoi de Bâle. Natif de la ville et vainqueur à 5 reprises de la compétition, le régional de l’étape est lui aussi passé par la case « petit soldat du tennis », comme il dit. Il y allait avec sa mère Lynette, bénévole du tournoi. «Quand j'étais gamin, je venais en vélo ici. J'ai été ramasseur de balles à deux reprises. J'ai commencé avec un match de qualifications. Le lendemain j'avais des courbatures de folie à force de rester debout tout le temps», se remémore-t-il en 2012. La même année, le Suisse est témoin de l’un des plus beaux réflexes de l’histoire des ball boys. Nous sommes à l’Open d’Australie, et Dylan Colaci, 14 ans, ne sait pas encore qu’il fera plus de 18 millions de vues sur YouTube…

 

 

9/ « J’avais vraiment peur »

 

Sur Internet, c’est quasiment un jeu des sept familles : la ramasseur touché par une balle ; le ramasseur qui glisse ; le ramasseur à qui un joueur laisse sa raquette quelques minutes… Toutes ces vidéos ont été vues des milliers de fois et nous tirent chacune un sourire. Dans un registre plus tragique, à l’US Open 2004, un ramasseur âgé de 13 ans s’écroule en plein milieu d’une de ses courses lors d’un match entre Jiri Novak et Radek Stepanek. La foule retient alors son souffle. L’horreur gagne les gradins. La tension est palpable. Tout de suite, Jiri Novak file à son secours. « Il était étendu là comme s’il était mort, alors j’ai couru à ses côtés, rembobine-t-il. J’ai pris de l’eau et une serviette, puis il s’est réveillé après quelques minutes et m’a demandé : ‘Comment je m’appelle ?’ Où suis-je ?’ J’avais vraiment peur. Je ne savais pas quoi faire ». Plus de peur que de mal : les médecins ne diagnostiqueront à l’enfant qu’une simple insolation. Ouf. 

 

10/ « Tu ressembles à mon grand-père » 

 

Qui a dit que l’activité de ramasseur était réservée aux jeunes enfants ou aux mannequins du tournoi de Madrid ? Aux Etats-Unis, lorsqu’au début des années 2000, Stan Bretner vend sa société de développement de logiciels informatique et quitte Washington pour le soleil de la Floride, une retraite paisible s’offre à lui. Ou pas. Ce papy un peu fou veut exhausser son plus grand rêve : « Être au plus près des stars du tennis ». Alors âgé de 64 ans, il devient le plus vieux ramasseur de balles du circuit. Los Angeles, Miami et même le BNP Paribas Open l’accueillent sans discrimination. « Mes petits-enfants pensent que je suis fou, mais ils aiment me voir à la télévision, raconte-t-il en 2006 dans The IndependentLes autres ramasseurs n’étaient pas très à l’aise avec moi au début. Certains pensaient que j’étais un genre d’espion ou quelque chose dans le genre. Ensuite, ils m’ont vu à l’œuvre et m’ont rapidement accepté. Parfois, les joueurs eux-mêmes sont surpris. Guillermo Coria m’a dit un jour en plein match : ‘Tu ressembles à mon grand-père’ ».

 

Par Victor Le Grand