Suffit-il d'être grand pour bien servir ?

19 févr. 2014 à 00:00:00

Boris Becker, Greg Rusedski, Mark Philippoussis, Goran Ivanisevic… Tous ces grands champions ont, au moins, deux points communs : un super service et une grande taille. D’où cette question : suffit-il d'être grand pour bien servir ?

Les meilleurs serveurs de l'histoire du  tennis se nomment Pete Sampras, Boris Becker, Richard Krajicek, Greg Rusedski, Mark Philippoussis, Marc Rosset, Michael Stich, Goran Ivanisevic, Andy Roddick... Ce qui les rapproche ? Leur taille. Elle oscille entre 1 mètre 90 et 2 mètres 05. Une question se pose alors : être né grand signifie-t-il automatiquement qu’on sert bien ?

 

« Etre grand, c'est un énorme avantage pour bien servir. » D'entrée, Laurent Raymond, ancien coach de Fabrice Santoro, Michaël Llodra, ou encore Albano Olivetti, met les pieds dans le plat. Avant de se reprendre dans la foulée : « Encore faut-il avoir une très bonne technique ». Pourtant, il n'est pas seul à défendre cette thèse. Marc Rosset aussi : « Plus vous êtes grand, plus vous avez une marge de sécurité importante. C'est une simple question d'angle ». Avant de rectifier le tir à son tour : « On peut néanmoins très bien servir sans culminer à deux mètres. Roger Federer n'est pas le plus grand joueur du circuit mais il sert très bien. Il a gagné beaucoup de points faciles avec son service dans sa carrière parce qu'il a une gestuelle illisible. Qu'il slice, lifte, envoie la balle au milieu, sur le corps, le geste et le lancer de balle sont exactement les mêmes... Dans un autre registre, Fabrice Santoro n'était pas très grand non plus, ni le joueur le plus puissant mais il était très chiant à retourner... ». Derrière une gestuelle un peu brutale qui semble favoriser les plus grands, le service est en réalité une mécanique très pointue, où tous les détails comptent.

 

Première et deuxième balle

 

Parler du service, c'est d'abord évacuer une idée reçue : l'ace serait la meilleure arme du bon serveur. « Faux, explique Marc Rosset. Les aces ne sont pas aussi importants que ça. Un service gagnant fait moins parler, n'est pas comptabilisé de la même façon, mais rapporte autant ». C'est ensuite en confirmer une autre : sans première balle, difficile voire impossible de gagner un match. « Pete Sampras n'a jamais gagné un match avec moins de 55% de premières balles de service. Les statistiques le prouvent : pour emporter une rencontre, il faut tourner entre 60 et 65% de premières balles de service », ajoute le Suisse. Laurent Raymond ne dit pas autre chose : « Bien servir, c'est être au-dessus de 65% de premières balles de service ». Éric Deblickerqui a coaché par le passé les meilleurs joueurs français, d’Henri Leconte à Richard Gasquet, corrige : « Sur terre battue, cette vérité ne tient pas. Les Espagnols servent fréquemment des premières-deuxièmes avec beaucoup d'effets. Les pourcentages de premières balles ne sont pas les mêmes et il y a beaucoup moins de services gagnants. C'est surtout vrai sur les surfaces rapides. » Et les deuxièmes balles ? « Bien servir, c'est aussi et surtout bien servir en seconde balle de service, sans quoi on est vulnérable, précise Laurent Raymond. C'est inutile de n'avoir qu'une première balle ». Le service est en fait une équation avec deux inconnues interdépendantes qui se complètent sans que l'une soit réellement plus importante que l'autre.

 

Un équilibre complexe

 

Les deux hommes s'accordent également sur la définition du bon service. C'est Laurent Raymond qui lance la balle en l’air le premier : « Pour bien servir, il faut avoir un lancer de balle unique, quel que soit l'effet que l'on souhaite donner à la balle, histoire de le masquer ». Marc Rosset complète : « Certains joueurs servent très vite mais lancent la balle à droite ou à gauche pour chercher le slice ou le lift. Leurs services deviennent lisibles et il est facile pour le joueur adverse de les contrer. A l'inverse, si un joueur peut trouver huit zones différentes avec le même lancer, bien retourner devient compliqué. Les serveurs les plus illisibles sont Roger Federer, Goran Ivanisevic ou Rafael Nadal qui met tellement d'effets que les mecs en face ratent leurs retours. Pourtant, le service n'est pas à 230 km/h ». Le grand Suisse se charge ensuite de la frappe de balle : « Le service est un équilibre complexe entre puissance, relâchement et vitesse d'exécution. Ce n'est pas toujours le plus costaud qui sert le plus vite. Quand j'étais joueur, j'avais beau être grand, en force pure, je ne pesais pas bien lourd. Cela ne m'empêchait pas de servir vite ». C'est le moment pour Éric Deblicker d'intervenir afin de terminer le point : « Bien servir, c'est s'offrir un maximum de points gratuits sur son service ».

 

Une affaire de mental

 

Mais Marc Rosset, qui a des choses à dire, fait du rabe et en ressert une dernière louche : « Au fin fond du classement ATP, on trouve des joueurs d'un mètre 90 qui servent très bien mais ne décollent pas car leur pourcentage de premières balles de service chute dans les moments chauds. Ce n'est pas tout de bien servir pendant une rencontre si c'est pour coincer à 4-4 dans le money time... Un grand serveur, c'est un mec costaud dans sa tête ». Et de conclure, brutalement : « Les Isner, les Karlovic... Ces joueurs-là, pour claquer des aces pendant des heures, ils sont présents. Mais dans le 5ème set, à 8 partout, est-ce qu'ils ont vraiment le mental pour envoyer les services qu'il faut ? ». Jeu, set et match.

 

Par Antoine Mestres

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