Après la tempête, vient le calme. Et quand une tornade fait sa loi pendant 107 semaines¹ dont 99 consécutives², seul un calme plat – tellement plat qu’il forcerait, de désespoir, un pauvre moussaillon à souffler lui-même sur sa voile pour essayer d’avancer d’un chouia – peut lui succéder.
Lundi, Elena Rybakina, 27 ans, s’assiéra officiellement sur le trône de la WTA à la place d’Aryna Sabalenka. Après le règne de la reine très expressive, qui libère, laisse exploser chaque sensation sur comme en dehors du court, le tennis féminin prend, à sa tête, un nouveau visage. Une figure presque faite de pierre pour agir en rempart ne laissant échapper aucune émotion.
Un simple poing serré pour célébrer la première place mondiale
Libre à chacun de préférer l’exubérance de Sabalenka ou l’impassibilité de Rybakina. Personne, d’ailleurs, n’a à changer pour essayer de plaire à d’autres – « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis », a écrit Antoine de Saint-Exupéry – et, au moment de s’emparer de la couronne, la Kazakhstanaise est restée pleinement elle-même.
L’instant suivant la balle de match de sa victoire – 3-6, 6-1, 6-4 contre Zheng Qinwen en quart de finale de l’US Open – lui assurant de devenir la 30e numéro 1 mondiale de l’histoire³, elle a tranquillement serré le poing en regardant son équipe. Rien de plus. Comme si elle venait simplement de passer le premier tour du tournoi interne de Trifouilly-les-Oies.
Il se passe beaucoup de choses à l'intérieur de moi.
Mais ne la croyez pas pour autant robot à la froideur digne du métal qui la composerait. « Il se passe toujours beaucoup de choses à l’intérieur de moi », a-t-elle confié en conférence de presse. Simplement, elle est de celles et ceux qui se sentent mieux en intériorisant plutôt qu’en extériorisant. Il arrive toutefois que les remparts se fissurent pour laisser passer quelques gouttes en public. Comme à Wimbledon en 2022.
Si elle s’était alors contentée du même poing sobrement serré accompagné d’un bref sourire timide pour célébrer le premier de ses deux titres du Grand Chelem, elle avait ensuite « craqué » devant les journalistes. Des larmes avaient coulé – « Vous vouliez voir des émotions », avait-elle plaisanté –, brièvement. Sans que ce soit les grandes eaux. De l’émotion dans le calme ; le style Rybakina.
1 - 10e meilleur total de l'histoire derrière : Steffi Graf (377 semaines), Martina Navrátilová (332), Serena Williams (319), Chris Evert (260), Martina Hingis (209), Monica Seles (178), Iga Świątek (125), Ashleigh Barty (121), Justine Henin (117).
2 - 6e meilleur total de l'histoire derrière : Steffi Graf et Serena Williams (186 semaines consécutives chacune), Martina Navrátilová (156), Ashleigh Barty (114), Chris Evert (113).
3 - Et première personne de l'histoire du Kazakhstan à être numéro 1, simple et double confondus