Rafael Nadal face à un nouvel adversaire : l'automne

27 sept. 2020 à 09:00:00

Habitué à la terre battue sèche et rapide du printemps, Rafael Nadal va devoir s’adapter à d’autres conditions cette saison à Roland-Garros. Plus froide, plus humide, la météo automnale alourdit l’ocre et atténue l’efficacité de son lift.

Dessiné jeudi soir, le tableau de Roland-Garros 2020 a révélé ses contours. Dominic Thiem, Andy Murray, Stan Wawrinka, Alexander Zverev, Fabio Fognini, Kei Nishikori, David Goffin, Félix Auger-Aliassime… Tous ces joueurs sont dans la moitié de tableau de Rafael Nadal. Mais hors de ce cadre, un autre trouble-fête pourrait perturber l’Espagnol : la météo. Contrairement à l’époque à laquelle se déroule habituellement les Internationaux de France, le climat risque d’être plus froid. Plus humide. "Ce sont les conditions les plus difficiles pour moi, a déclaré le Majorquin en conférence de presse, vendredi, après ses premiers entraînements. Des balles lourdes, le froid, des conditions lentes."

A Rome, son unique tournoi de préparation, Nadal s’est incliné en quart de finale. Lourdement, 6/2 7/5, face à Diego Schwartzman, dans un contexte qu’il a de bonnes chances de retrouver à Paris. "C’était une soirée très lourde en ce qui concerne l’humidité, a-t-il expliqué à l’issue de la défaite. Par rapport aux jours précédents, le rebond était beaucoup plus bas." Son tombeur, auteur, de son propre aveu, du "match de sa vie", a su tirer profit de l’état de la terre battue. "Les conditions étaient bonnes pour moi, a-t-il analysé. Elles étaient lentes, et le rebond n’était pas vraiment haut.”

Schwartzman a donné une gourde aux rivaux de Nadal

Habituellement, sur ocre, le "Taureau de Manacor" a une emprise psychologique sur ses adversaires. "Battre Nadal sur terre battue, à Roland-Garros, c’est le plus grand défi de notre sport." Déjà prononcée par Novak Djokovic, Dominic Thiem, Roger Federer encore Daniil Medvedev, cette phrase est devenu un classique du tennis. Kevin Kim, qui a connu "l’honneur" d’être écrabouillé par le gaucher en marcel au deuxième tour de RG 2006, a résumé l’affaire : "Jouer contre Nadal à Roland-Garros, c’est un peu comme être en plein milieu du Sahara sans nourriture et sans eau : il y a très peu de chance de s’en sortir."

Cette année, la situation semble être un tantinet différente. Outre les nombreux mois sans compétition, la défaite de Nadal face à Schwartzman conjuguée aux tempértures automnales ont donné plus d’espoirs à la concurrence. Comme si, cette fois, ils avaient une gourde et quelques victuailles dans leur baluchon avant d’affronter la terrible épreuve. "C’est Nadal. Même s’il a perdu (à Rome), il est toujours le grand favori pour Roland-Garros, a commenté Novak Djokovic après son sacre dans la capitale italienne. Mais Diego (Schwartzman) a montré qu’on pouvait le battre sur terre. Les conditions dans lesquelles ils ont joué - une terre lourde, humide, un rebond plus bas, de nuit - nous les auront aussi à Paris."

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"Plusieurs joueurs peuvent battre Nadal" - Novak Djokovic

"Je sais qu’il (Nadal) aime quand le rebond est haut, a ajouté le numéro 1 mondial. Il aime les conditions chaudes, sèches et rapides qui lui permettent de tirer le meilleur de son lift. Ça va être intéressant. Je pense que plusieurs joueurs peuvent gagner contre lui. Aujourd’hui (pendant sa finale à Rome), j’ai connu des conditions qui pourraient être similaires à celles de Paris. Ces conditions me vont." Un avis partagé par Dominic Thiem. "Peut-être que ce sera un peu plus compliqué pour lui (Nadal), a observé le vainqueur de l’US Open. Et pareil pour moi. Comme lui, je préfère quand il fait chaud, quand le rebond est haut. Les conditions sont peut-être plus favorables à Novak, même si Rafa reste le grand favori.

Certes, Nadal est un excellent hors-pair. On pourrait donc penser qu’un terrain lent, lui permettant d’être encore plus difficile à déborder, serait un avantage. Mais non. Son arme principale, c’est son (sur)lift. Cette balle bourrée d’effet qui "gicle" après le rebond et force les adversaires à reculer ou frapper au-dessus de l’épaule. Sur une terre lourde, humide, son lift perd en efficacité. Il use moins ses rivaux, qui ont aussi plus d’opportunités pour attaquer. Si, du haut de son 1,70 m, Schwartzman a été peu gêné à Rome en se montrant capable de jouer très proche de sa ligne et d’entrer dans le terrain à la moindre occasion, imaginez ce que peut faire un gabarit de presque 2 m. Comme Alexander Zverev.

95 matchs, 2 défaites

Mais Nadal n’est pas un Gremlin. Il ne disparaît pas à la moindre goutte d’eau. Il a déjà connu la pluie à Paris, et ça ne l’a pas empêché d’y soulever 12 fois la Coupe des Mousquetaires. Face à des joueurs moins "huppés", en trois manches gagnantes, sa marge est telle qu’il paraît inconcevable de le voir couler prématurément. Le risque, pour lui, réside face à certains cadors. En finale de l’édition 2012, contre Djokovic, le ciel était venu perturber sa démonstration. Alors qu’il menait tranquillement 6/4 6/3 2/0, le crachin était entré en scène. Sans tomber assez fort pour arrêter directement le match, il avait changé la donne. L’Espagnol avait encaissé 8 jeux de suite, avant que la rencontre soit finalement stoppée à 6/4 6/3 2/6 1/2 avec un break contre lui.

"Les balles (trempées) étaient plus lourdes que jamais, a-t-il détaillé. Le rebond a commencé à être mauvais. Les conditions étaient bien plus favorables à Novak qu’à moi, et en plus de ça il s’est mis à jouer d’une façon fantastique." A la reprise, le lendemain, dans des conditions sèches, "l’Ogre de l’ocre" a fini par croquer le trophée. 7/5 dans le quatrième set. L’une des grandes forces de Rafael Nadal, c’est son mental. Il n’est pas du genre à trembler devant quelques cumulonimbus. Il se concentre sur ce qu’il peut contrôler. "Prêt à adapter son jeu", il s’avance dans la peau d’un homme qui n’a jamais perdu contre la pluie. A Roland-Garros, seuls deux joueurs l’ont vaincu : Robin Söderling et Novak Djokovic. 2 défaites en 95 matchs.

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