Roger Federer et les défaites après avoir eu balle de match

8 mars 2017 à 17:23:37

Pour son retour à la compétition, Roger Federer a concédé face à Evgeny Donskoy à Dubaï sa 17e défaite en carrière après s’être procuré une (ou des) balle(s) de match. Un drôle de record méritait bien que l’on s’y arrête.

Pour son retour à la compétition, Roger Federer a concédé face à Evgeny Donskoy à Dubaï sa 17e défaite en carrière après s’être procuré une (ou des) balle(s) de match. On vous rassure : en parallèle, « Rodgeur » a aussi gagné 15 fois en ayant sauvé une (ou des) balle(s) de match en chemin. Mais quand même, ce drôle de record méritait bien que l’on s’y arrête.

 

Les plus… mythiques

Contre Marat Safin, en demi-finale de l’Open d’Australie 2005 et Rafael Nadal, en finale à Rome en 2006.

Ces deux-là sont difficiles à départager car, même s’il s’agit de défaites, la qualité de jeu et le suspense cinq sets durant en font des chefs-d’œuvre qui auraient leur place dans un « Top » des matchs de légende joués par le Suisse. Le premier, en demi-finale de l’Open d’Australie 2005, l’oppose à Marat Safin, probablement le seul joueur (au moins) aussi talentueux que lui parmi ses contemporains. Et si le Russe n’a jamais eu la constance du Suisse, leur choc aux portes de la finale à Melbourne a marqué les années 2000. On se rappellera longtemps de la balle de match obtenue par Federer dans le tie-break du quatrième set, sur son service, point totalement fou (à la 30e minute sur la vidéo) conclu par une tentative de tweener encore mal maîtrisée – il se rattrapera ensuite – avant que Safin ne force la différence au cinquième, à sa septième balle de match (5/7 6/4 5/7 7/6 9/7).

 

 

La finale du Masters 1000 de Rome, en 2006, est quant à elle le premier (et un des plus grands) monument tennistique entre les deux géants rivaux Federer et Nadal, conclu 6/7 7/6 6/4 2/6 7/6 par le Majorquin. Mais juste avant cet épilogue au tie-break du cinquième, le Bâlois s’était procuré deux balles de titre à 6-5, 15-40, toutes deux perdues sur des attaques de coup droit un peu trop précipitées. « C'est difficile de dire pourquoi j'ai gagné, dira Rafa. J'ai bien joué évidemment, mais il y a aussi eu un facteur qui s'appelle la chance. Si Roger avait réussi seulement un coup droit de plus, c'était fini pour moi ». Dix ans plus tard, on reste en droit de se demander si une victoire dans ce choc de titans originel n’aurait pas donné des clés, ou des certitudes, différentes, à Roger Federer lors des affrontements à venir avec son Némésis sur terre battue.

 

Les plus… répétitifs

Contre Novak Djokovic, en demi-finales des US Open 2010 et 2011

Même adversaire, même stade de la compétition et même nombre de balles de match sauvées (deux à chaque fois), le tout à un an d’intervalle : c’est une sacrée aberration statistique que Novak Djokovic a réalisé aux dépens de Roger Federer à l’US Open. Avec une seule petite variante : en 2010, c’est sur son service que Novak sauve ces deux balles de match à 5-4, 15-40 contre lui dans le cinquième set, avant de finir en trombe 5/7 6/1 5/7 6/2 7/5. « Je ne sais pas comment j'ai fait. C'est dur de décrire le sentiment qui m'habite. Il y a dix minutes, j'étais à un point de perdre. C'est le genre de match dont tu te souviens toute ta vie. Sur les balles de match de Roger, je fermais mes yeux et je tapais aussi fort que possible mon coup droit. »

 

En 2011, c’est encore plus rocambolesque : non content d’être revenu de deux manches à rien à deux partout, c’est sur le service du Suisse qu’il écarte cette fois deux balles de défaite à 5-3, 40-15 au cinquième. La première notamment reste dans les mémoires : un retour gagnant pleine ligne, en mode « ça passe ou ça casse ». Ça passe donc… et Djokovic inscrit les 4 derniers jeux de la partie pour l’emporter 6/7 4/6 6/3 6/2 7/5. La similitude est tellement frappante que les mots du Serbe sont eux aussi quasiment les mêmes: « C'est ma plus grande victoire de l'année et une des plus grandes de ma carrière, J'étais dans la même situation que l'an dernier. Sur les balles de match, j'ai frappé mon coup droit aussi fort que possible. C'était un pari, j'ai eu de la chance. » Deux fois de suite, ça s’appelle plutôt du talent… et de la confiance.

 

 

Le plus… riche en espoir pour les Français

Contre Richard Gasquet, en quart de finale du Masters 1000 de Monte-Carlo 2005

Avouez : quand vous avez vu Richard Gasquet jouer le preux Mousquetaire aux dépens du garde Suisse sur le Rocher en 2005, vous y avez cru, hein, en la relève annoncée de Yannick Noah au palmarès masculin en Grand Chelem ! Roger était n°1 mondial, « Richie » 101e mais, sur le terrain, on s’expliquait d’égal à égal. Des revers fulgurants, des montées au filet pleines de panache, des démonstrations de joie spontanées et un quart de finale arraché 10-8 au jeu décisif du troisième (6/7 6/2 7/6), sur un dernier passing de revers long de ligne et après avoir sauvé trois balles de match : qu’il était beau, ce Richard cœur de lion !

 

 

Le plus… inattendu

Contre Tomas Berdych à Miami en 2010 et à Dubaï en 2013

Etant l’un des souffre-douleur favoris de Roger Federer (et, de manière générale, du Big 4), on ne l’attendait pas à pareille fête : au côté de Novak Djokovic, Tomas Berdych est le seul autre joueur à avoir fait deux fois à Roger Federer le coup de gagner en passant à un point de la défaite. La première à Miami en 2010 (6/4 6/7 7/6 en huitièmes), la seconde à Dubaï en 2013 (3/6 7/6 6/4 en demies). Manière de rappeler que même si le Tchèque a un face-à-face en carrière largement négatif face à l’homme aux 18 Grands Chelems (6 victoires – 17 défaites), il a régulièrement su tirer son épingle du jeu contre lui, l’ayant notamment défait dans les cadres majeurs de Wimbledon (quarts de finale 2010, mettant fin à une série de 7 finales consécutives à Londres pour « Fed »), de l’US Open (quart de finale 2012, alors qu’il venait de reconquérir la première place mondiale) mais aussi des Jeux olympiques (deuxième tour à Athènes en 2004 où, déjà, le Suisse arrivait avec la pancarte).

 

Le plus… houleux

Contre Gaël Monfils en demi-finales du BNP Paribas Masters en 2010

Rares sont les tournois où Roger Federer, idole absolue s’il en est, peut se faire siffler par le public. Il fallait bien pour cela un BNP Paribas Masters en ébullition devant son chouchou Gaël Monfils. Le Suisse s’est donc fait chahuter comme rarement par le public dans un troisième set à suspense en demi-finales de l’édition 2010, et notamment un irrespirable jeu de 6-5 où le Parisien de naissance, arc-bouté à une qualité de service exceptionnelle, sauve cinq balles de match avant de l’emporter au tie-break (7/6 6/7 7/6). C’est alors sa première victoire sur le Suisse, forcément « spéciale : cette salle, ce tournoi, c’est chez moi. » On l’a senti.

 

 

Par Guillaume Willecoq

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