Paris 1924, ou pourquoi le tennis a disparu des JO si longtemps

11 août 2016 à 13:48:30

C’était en 1924. Alors que Paris accueillait les Jeux olympiques et faisait la fête, le tennis se faisait remarquer pour les énormes problèmes d’organisation autour des rencontres. Au point de souffler les braises d’un dernier conflit entre le C

C’était en 1924. Alors que Paris accueillait les Jeux olympiques et faisait la fête, le tennis se faisait remarquer pour deux choses : la rafle de médailles de la délégation américaine et, surtout, les énormes problèmes d’organisation autour des rencontres. Au point de souffler les braises d’un dernier conflit entre le CIO et la Fédération internationale.

 

La rue François Faber de Colombes est une vitrine de l’histoire. Elle en est, aussi, un marqueur. Il suffit de regarder les images pour comprendre : c’est là où le footballeur italien Giuseppe Meazza a soulevé la coupe du Monde 1938, là où le Racing Club de France a fêté le seul titre de champion national de son histoire en 36 mais aussi où le XV du Racing Métro 92 s’est reconstruit il y a quelques années. Pourquoi ? Pour son stade olympique Yves-du-Manoir autrefois appelé stade olympique de Colombes. Oui, “olympique” car en 1924 l’enceinte avait été choisie pour accueillir les JO de Paris. C’est donc ici aussi que, cette année-là, le 13 juillet, un certain Vincent Richards a écrit les plus belles pages de sa carrière de tennisman. Au bout de plusieurs jours de bordel dans la banlieue de Paris, sur et en dehors du cours, qui marqueront le début de près de 60 ans de Jeux olympiques sans tennis, laissant les images du gamin américain avec ses deux médailles d’or olympiques (en simple et en double) au bord du cou dans l’oubli. En noir et blanc.

 

La machine Richards

 

Mais que s’est-il passé cet été-là pour que le tennis s’absente aussi longtemps des joutes olympiques ? Tout était pourtant parfait : un Henri Cochet - surnommé Le Magicien, membre des “Quatre Mousquetaires” et champion de France 1922 - en forme, la découverte d’une nouvelle génération et le débarquement sur le sol français des protégés de la figure américaine de l’époque, Bill Tilden, Vincent Richards en tête. En simple ou en double avec Francis Hunter, Richards marche sur le tournoi et explosera même lors des deux finales les rêves de médailles de Cochet. Le Français racontera quelques années plus tard dans ses mémoires sa défaite en finale du simple contre l’Américain : « Je me présente dans les meilleures conditions possibles et parvins jusqu’à la finale après avoir éliminé en demi-finale Jean Borotra. Je fus battu par Vincent Richards en cinq sets. Decugis, notre capitaine, au début du cinquième set, eut l’idée pour me rafraîchir de prendre une énorme éponge qui trempait dans un seau d’eau glacée et de me la presser sur la tête : le résultat ne se fit pas attendre, j’étais groggy ! »

 

CIO-ILTF, bataille d’amateurs

 

Dans la mémoire collective, les Jeux olympiques de Paris 1924 restent comme une réussite totale. Pour la première fois de l’histoire, l’édition est massivement couverte par plus de 700 journalistes débarqués dans la capitale française alors que la Transmission sans fil (TSF) fait ses premiers pas. Edmond Dehorter, figure du journalisme de l’époque, balade, lui, sa moustache à travers une montgolfière qui survole les différents sites. Reste que les épreuves de tennis sont une tâche noire pour beaucoup : l’organisation, la sécurité et même la réception du public sont critiqués. Le tout alors que le CIO est en guerre ouverte avec la Fédération internationale de l’époque, l’International Lawn Tennis Federation.

 

Des spectateurs sur le court...

 

Tout simplement parce l’image laissée par le tennis à Paris en 1924 est désastreuse. Lors du tournoi, il est ainsi fréquent de voir des spectateurs descendre sur le court pour prendre des photos, juste sous les yeux des arbitres, et les joueurs donc se plaindre du comportement du public. Les semaines qui suivront les JO feront alors définitivement émerger les conflits entre les différentes parties : le CIO veut supprimer Wimbledon avant chaque olympiade pour permettre à tous les joueurs de rejoindre la ville organisatrice des Jeux ; la Fédération internationale veut asseoir ses intérêts et refuse naturellement cette proposition. Le problème caché est plus profond et tourne autour du statut amateur des tennismans de l’époque. Le conflit est enterré par une décision radicale : le tennis est exclu des compétitions olympiques et ne reviendra complètement qu’en 1988 à Séoul. Vincent Richards, lui, ne reverra jamais la lumière d’un titre majeur. Sur l’autel du tennis olympique.

 

Par Maxime Brigand

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