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La WTT ou l’incroyable histoire de la 1ère ligue privée

Une ligue privée réunissant Nadal, Djokovic, Agassi et Sampras ? Pas exactement du jamais vu. Le projet asiatique s’inspire en fait fortement d’une ligue qui a existé en Amérique du Nord dans les années 70. Le MAG vous conte son histoire.

Mahesh Bhupathi n’a rien inventé avec son projet de ligue privée. Il y a 40 ans déjà, en 1974, de jeunes promoteurs américains décident de transformer le tennis en un sport spectacle collectif, déclinable façon NBA ou NFL. Courts multicolores, règlement modernisé et stars déchirées : l’aventure va durer quatre ans, le temps de mettre un joyeux boxon dans le petit monde policé de la raquette…

 

L’annonce fin février a fait l’effet d’une bombe : l’Indien Mahesh Bhupathi, 39 ans, joueur de tennis professionnel spécialiste du double, va mettre en place à partir de novembre prochain une toute nouvelle compétition sous l’intitulé d’International Premier Tennis League (IPTL). L’idée est d’organiser dans différentes villes asiatiques un championnat de tennis réunissant des joueurs actuels, parmi lesquels Nadal, Djokovic, Azarenka ou Serena Williams, et d’anciennes stars, dont Agassi, Sampras ou Martina Hingis. Une compétition avec ses propres règles, dont celle d’abréger les parties à un seul set et d’imposer le tie-break à 5-5. Du n’importe quoi ? Oui un peu. Du jamais vu ? Pas exactement. L’IPTL s’inspire en fait fortement d’une ligue foundée en 1973 en Amérique du Nord et intitulée la World Team Tennis (WTT).

 

Et la balle devint… jaune

 

A l’époque, le tennis professionnel, qui n’en est qu’à ses balbutiements, est en crise. L’ATP vient tout juste d’être créée et n’est pas aussi bien structurée qu’aujourd’hui. Flairant le juteux business à monter autour de ce sport, des promoteurs tentent de s’en emparer. Deux ligues de tennis sont successivement fondées : la National Tennis League (NTL) en septembre 1972 et l’International Professional Tennis League (IPTL, déjà cet acronyme…) en février de l’année suivante. Les deux fusionnent rapidement pour former la World Tennis Team (WTT), dont le slogan annonce la couleur : « A whole new ball game ». Autrement dit, il s’agit de révolutionner ce sport considéré comme poussiéreux pour l’adapter aux standards américains de l’entertainment. Les promoteurs à l’origine de ce projet, dont Larry King (le mari de Billie Jean King) et les jeunes Jerry Buss (futur patron des Los Angeles Lakers en NBA) et Bob Kraft (qui reprendra les New England Patriots en NFL), s’entendent sur une (r)évolution radicale des règles. Pour plus de lisibilité, ils décident de remplacer le système « 15-30-40 » par des jeux comptabilisés en 7 points. Pour plus de rapidité, ils décident aussi de généraliser les matchs en un set gagnant avec un tie-break à 5-5 (là encore, l’IPTL version 2014 n’a rien inventé). Enfin pour plus de spectacle, ils font disputer les rencontres sur des courts multicolores et testent la balle jaune, que l’ATP n’adoptera pour ses propres tournois qu’à partir de 1978.

 

« Une menace » pour le tennis, selon Ashe

 

Au total, 16 licences sont achetées au tarif unitaire de 250 000 $. Un championnat se met en place, à l’américaine, avec une conférence Est et une conférence Ouest. Les franchises se nomment Philadelphia Freedoms, Los Angeles Strings, Pittsburg Triangles, Boston Lobsters, San Francisco Golden Gaters, Hawaii Leis… Reste maintenant à convaincre les meilleurs joueurs du moment de se lancer dans l’aventure. L’argument phare est bien entendu pécuniaire : John Newcombe est ainsi la première star à signer un contrat avec la WTT contre un chèque de 50 000 $. Il sera imité par Ken Rosewall, Rod Laver, Jimmy Connors, Guillermo Vilas, Ilie Nastase, Björn Borg, Evonne Goolagong ou encore Chris Evert. Mais tous ne cèdent pas aux sirènes. Parmi les protestataires, Arthur Ashe qui va jusqu’à parler de la WTT comme d’une « menace pour tout le circuit professionnel ». Stan Smith aussi refuse ce qu’il considère comme une mascarade. « Jouer une partie en deux sets, sans avantages dans les jeux, avec tie-break à 5 partout et un remplacement possible du joueur au troisième set, je n'appelle pas cela du tennis », s’indigne-t-il. Mais la fronde la plus grande vient d’Europe et plus particulièrement d’Italie et de France, qui voient leurs tournois directement menacés par cette nouvelle concurrence. La WTT prévoit en effet de s’étendre entre début mai et fin août, ne prévoyant qu’une courte trêve au moment de Wimbledon.

 

Connors privé de Grand Chelem

 

Philippe Chatrier, le président de la fédération française de tennis de l’époque, passe à l’offensive et exige que tout joueur sous contrat avec la WTT soit interdit de participer à tout tournoi sur le sol français, Roland-Garros inclus. Jimmy Connors se voit ainsi punir en 1974, alors qu’il était en route pour un Grand Chelem. Bon an mal an, les saisons de  la WTT – encore appelée « Intervilles » - sont organisées dans une ambiance de kermesse, avec mascottes et public bruyant qui troublent les joueurs, peu habitués à ce genre d’atmosphère… Les matchs se déroulent entre équipes de quatre au minimum : deux hommes, deux femmes, avec au programme un simple et un double hommes, un simple et un double femmes et un double mixte pour finir. Les Denvers Racquets sont sacrés champions en 1974, tandis que les derniers titrés sont les Los Angeles Strings en 1978. Car après seulement quatre ans d’activité, l’aventure un peu folle s’arrête. Les audiences sont en chute libre, les protestations de l’ATP ne faiblissent pas et certaines franchises sont contraintes à la faillite. Rapidement, la WTT tombe dans l’oubli. Jusqu’à ce qu’elle resurgisse cette année en Asie sous une forme modernisée baptisée IPTL…

 

 

Par Régis Delanoë

Article rédigé par

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