Le smash et ses maîtres

16 oct. 2019 à 11:37:00

Né en fin de XIXe siècle, le smash au tennis, arme fatale face aux inusables défenseurs, a plusieurs variantes dont certains grands noms se sont affirmés comme les maîtres au fil des décennies.

Pour résoudre les problèmes posés par l'adversaire, être capable de varier angles, trajectoires et vitesse des coups multiplie les chances de résultat positif. Pourtant, dans le monde amateur, certains s'en sortent en rendant des copies faites d'une seule figure géométrique : "le rond". Ces "ponceurs", "limeurs" et autres "rameurs" - dans le jargon tennistique - sont souvent perçus comme des sadiques prenant un malin plaisir à vous faire fondre un boulon en cavalant aux quatre coins du court pour balancer des "chandelles". Inlassablement, tels des robots industriels programmés pour accomplir infiniment une seule et même tâche d'un montage à la chaîne.

Afin de se soustraire à cette science des balles en cloche, l'une des tactiques consiste à prendre le filet et claquer des smashs. À condition d'en maîtriser l'application. En inventant le lob au cours de la finale de Wimbledon 1878, Frank Hadow introduit un autre paramètre dans l'équation. Ce jour-là, Spencer Gore, écrabouillé, cherche sans doute à répliquer en tentant quelques frappes tarabiscotées au-dessus de sa tête. Les prémices du smash. Puis, au fil des années, la technique se développe. S'inspirant notamment du service d'Arthur Myers, le premier homme à ne plus engager à la cuillère, les jumeaux Ernest et William Renshaw en font le facteur principal de leurs succès.

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En apportant une puissance nouvelle, les deux frangins sont considérés comme les créateurs de ce coup alors nommé "the Renshaw smash". Dans les années 1880, ils imposent leur démonstration sur Wimbledon et affolent les machines à calculer. En simple William soulève 7 trophées, Ernest s'impose une fois. Associés en double, ils décrochent 5 titres. Quelques décennies plus tard, pendant l'entre-deux-guerres, un Français devient le maître de l'une des variantes de ce geste, en sautant vers l'arrière : Jean Borotra. L'homme qui porte bien son surnom de "Basque bondissant", statufié sur la Place des Mousquetaires de Roland-Garros dans cette posture aérienne. Un sens de la "pirouette" qui n'enchante pas tous ses rivaux de l'époque.

Bundesarchiv, Bild 102-10990 / CC-BY-SA 3.0
Bundesarchiv, Bild 102-10990 / CC-BY-SA 3.0

"Il est le plus grand showman et le plus grand charlatan de l'histoire du tennis, écrit un jour le légendaire Bill Tilden reprochant au Tricolore son agitation perpétuelle sur le court, les acrobaties qui lui concilient les faveurs du public et déconcentrent parfois son adversaire." Du temps de sa longue carrière, Jimmy Connors s'affirme, lui, comme le spécialiste de la formule "skyhook". Ce smash, très difficile à appliquer, consistant à prendre la balle derrière soi tout en restant face au filet. Au cours de son huitième de finale du Masters 1000 de Shanghai face à David Goffin, Roger Federer en donne un parfait exemple poussant le commentateur époustoufflé à lâcher un : "Comme Jimmy Connors !"

Depuis la demi-finale de Roland-Garros 1983, Yannick Noah revendique la paternité d'une autre forme aux propriétés athlétiques. "Je sers le revers et je monte tout de suite à la volée, raconte-il dans Le Monde en 2013. (Christophe) Roger-Vasselin fait une espèce de retour slicé-lobé : la balle reste plus longtemps en l'air, et là, je fais le coup de ma vie. La balle est parfaite, je m'élève, mets la gomme au niveau des cannes, mes quinze jours d'entraînement y passent. L'effet est tel que sa balle reste un dixième de second de plus en l'air, mais c'est comme si j'étais attiré. Je lui balance un smash avec quinze jours de rage dans la raquette. La balle rebondit et va dans les tribunes. Je n'avais jamais vu ce coup. Je l'ai inventé pendant le tournoi. J'ai le brevet. C'est mon coup. Le smash façon volleyeur. Le smash pieds joints."

"En retombant, je me suis arrêté et j’ai fait : "P***** !, ajoute même le chanteur aux pieds nus. J’ai regardé Vasselin, ça faisait 1/0, 15-0, le match était plié. Il savait qu’il avait un monstre en face de lui." Une théorie de l'intimidation reprise par Pete Sampras pour son fameux "slam dunk". Ce smash où, courant vers le filet, "Pistol Pete" se propulse de façon impressionnante vers les cieux pour venir écraser la balle avec l'autorité d'un prof que nul n'ose regarder dans les yeux. "J'avais l'habitude de jouer ce coup pour tout un tas de raisons, et l'une d'entre elles était l'intimidation, explique l'Américain aux épais sourcils. Ça envoie un message à votre adversaire disant : 'Je bouge bien, je me sens bien, tu ne me passeras pas une seule fois aujourd'hui.'"

S'il est, avec Federer, l'un des élèves actuels les plus doués pour mettre en pratique le "slam dunk" de Sampras, Gaël Monfils va encore plus loin dans l'innovation du smash. Semblant défier les lois de la gravité, le facétieux Français peut tourner sur lui-même, dans les airs, avant d'aller giffler le feutre. Lors du deuxième tour de l'US Open 2019, Monfils, sur balle de match, réussit un "smash 360°" presque irréel pour passer l'épreuve Marius Copil en beauté. Aux yeux des rares spécimens capables de maîtriser ce smash et ses différentes formes, les empêcheurs de tourner en rond adeptes de "moonballs" ne sont qu'un problème enfantin. Un simple X+1=2 se résolvant tranquillement. Les deux pieds dans les carrés.

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