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Uchronie : Si Lendl n'avait pas allumé Gerulaitis en finale du Masters 1981

Proche de la défaite, agressé sur un point crucial, Ivan Lendl opte pour la manière forte : il lâche un énorme coup droit directement sur Vitas Gerulaitis. Le tournant du match. Si, plus doux, il avait fait un autre choix, que se serait-il passé par la suite ? La réponse se trouve dans un monde parallèle.

Agélaste des courts, regard noir, joues creusées d'austérité, Ivan Lendl ne joue pas au tennis pour la gaudriole. Quand il veut entrer dans la tête d'un joueur ; pas de pitrerie. Il laisse ça à Ilie Nastase. Lui, il prend l'expression au pied de la lettre. De façon brutale, en envoyant une praline droit dans la caboche de l'adversaire. En finale du Masters 1981, Vitas Gerulaitis en fait la douloureuse expérience.

Mené 7/6 6/2 2/0 par l'Américain, Lendl est dans les cordes. À égalité sur son service, à deux points du double break, du K.O., il rate sa première balle. Sur la seconde, Gerulaitis, malin, le met sous pression avec un énième retour-volée. Mais Lendl ne tremble pas. Il envoie un caramel bien salé en plein sur l'ancien numéro 3 mondial. Touché au crâne, ce dernier finit au tapis, les quatre fers en l'air. "Le tournant du match, d'après Lendl. Si quelqu'un est si bon qu'il renvoie tous les lobs et tous les passings, vous devez lui jouer dessus, explique-t-il. La plupart des adversaires prennent alors un peu peur et ne viennent plus aussi près du filet lorsqu'ils montent."



En quête de son premier titre majeur après deux échecs aux portes du sacre (Masters 1980, Roland-Garros 1981), le Tchécoslovaque laisse, selon ses dires, son aîné avec "un petit mal de tête". Débreakant dans la foulée, il remporte la manche au jeu décisif malgré une balle de match contre lui. Déjà vainqueur de Gerulaitis en poule, Lendl le gifle ensuite 6/2 6/4 dans les deux derniers rounds. Interrogé sur l'épisode du headshot à l'issue du duel, le vaincu du jour, connu pour sa répartie et son humour, s'en tire avec une pirouette : "De toute façon, je ne risquais pas grand chose. Je n'ai rien dans la tête." Quant à Lendl, qualifié de "poule mouillée" par Jimmy Connors, il pose avec cette victoire les premières lettres de son futur surnom : "Ivan le Terrible". Celui qui remporte 8 titres du Grand Chelem et 4 autres Masters au cours de sa carrière.

Telle est notre réalité. Curieux de savoir ce qu'il aurait pu advenir avec un Lendl moins enclin à "décoiffer" Gerulaitis, je suis allé en découvrir une autre. Muni du fameux générateur de vortex de Sliders : les mondes parallèles, j'ai pu explorer un univers alternatif. Un univers où Lendl n'a pas allumé le natif de New York.

Au moment fatidique, voyant Gerulaitis se ruer au filet après un nouveau chip and charge, Lendl songe d'abord à jouer l'homme. Fort. Très fort. Puis, dans une seconde d'humanité, il se ravise. La longue chevelure blonde de son rival lui rappelant soudainement Boucles d'or et les trois ours. Ce conte pour enfants que lui narrait sa grand-mère, jadis, avant de dormir. Perturbé par cette madeleine de Proust, il tente alors un passsing de coup droit décroisé. Mou, un peu piteux. Sur la trajectoire, Gerulaitis claque tranquillement une volée de revers pour s'offrir une balle de double break qu'il convertit quelques instants plus tard. L'affaire est pliée. En confiance, le gagnant de l'Open d'Australie 1977 s'impose sèchement, 7/6 6/2 6/2.

"Dire que Lendl est une poule mouillée, c'est faire insulte aux poules, se moque par la suite Connors. Ce poltron se liquéfie dès que ça devient chaud. Appelez-le Ivan Puddle (flaque d'eau) !" Le sobriquet prend. Dans les mois qui suivent, partout dans le monde, des spectateurs raillent le Slave. "Ivan, don't be a puddle !", lancent-ils avant les points importants. Derrière le masque, Lendl vit mal la situation. À chaque grand rendez-vous, il échoue. Tel la vague venant se briser sur le rocher, son mental friable se fracasse inéluctablement contre l'ampleur de l'évènement. S'il est solidement installé dans le top 5, il doit se contenter de quelques trophées mineurs. Pis, il enchaîne les défaites contre Connors. Ce maudit "Jimbo" qui n'hésite pas à imiter la poule devant lui, à caqueter pendant que le public glousse.

Les années passent, les désillusions s'accumulent et Connors lui trouve un nouveau petit nom : "Ivan le pas terrible." Lendl n'en peut plus. En 1984, au bord du gouffre, il décide de faire un pas en avant. Soit il gagne Roland-Garros et le pas est si grand qu'il passe de l'autre côté du précipice, soit il tombe et met fin à sa carrière. Malheureusement, inhibé par ce poids supplémentaire, il chute dès le premier tour et annonce sa retraite en conférence de presse. Deux semaines plus tard, contrairement à notre monde, John McEnroe triomphe enfin sur l'ocre de la Porte d'Auteuil. Pendant qu'Ivan Lendl se lance, déjà, dans une nouvelle carrière : auteur de livres pour enfants.

Article rédigé par

Mathieu Canac

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