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Le jour où Roland-Garros a rencontré Wilander

En 1982, Mats Wilander remporte les internationaux de France pour sa première participation. Mais c’est surtout sa demi-finale, durant laquelle il demande à rejouer la balle de match alors qu’il vient de remporter la partie

En 1982, Mats Wilander remporte les internationaux de France pour sa première participation. Mais c’est surtout sa demi-finale, durant laquelle il demande à rejouer la balle de match alors qu’il vient de remporter la partie, qui reste dans les mémoires. Un comportement de grande classe toujours considéré aujourd’hui comme l’un des plus beaux gestes de fair-play de l’histoire du sport.

 

Yannick Noah considère encore le moment comme « la plus belle image de tennis de ses trente dernières années ». La scène se déroule le 4 juin 1982, à Paris. Confronté à José Luis Clerc, déjà arrivé dans le dernier carré de la compétition lors de la précédente édition, Mats Wilander est à un petit point d’une finale de Roland-Garros. Agé de seulement 18 ans, le Suédois réalise un superbe tournoi pour sa première participation à l’épreuve (élimination d’Ivan Lendl en cinq manches en huitièmes notamment) et mène 7-5, 6-2, 1-6, 6-5, 40-30 sur le service de son adversaire. Lequel envoie un coup droit qui trompe Wilander, mais qui atterrit en dehors des limites pour le juge de ligne. « Faute ! », hurle ce dernier. Jacques Dorfmann annonce donc la victoire de Wilander après plus de trois heures et demie de bataille. Pas si vite. Persuadé que sa dernière frappe est bonne, Clerc, qui a déjà sauvé trois balles de match avant de l’emporter en quarts et qui vient de remonter de 5-1 à 5-5, conteste vivement. Pour lui, la décision s’apparente à « un vol » et ne se fait pas prier pour le faire comprendre. Resté en retrait dans un premier temps, Wilander s’approche et murmure quelques mots. Qui semblent faire changer d’avis l’arbitre. Cependant, impossible de revenir sur le résultat final, pense-t-on. « Je n’avais pour habitude de changer de décision, remet Jacques Dorfmann. Jean-Paul Loth, qui commentait le match en direct à la télévision, assurait d’ailleurs que je ne retournerais pas sur la chaise. Dans la seconde qui suivait, j’étais remonté. » « A la demande de Mats Wilander, le point est à rejouer », confirme-t-il au micro.

 

Aussi incroyable que cela puisse paraitre, Wilander vient donc de remettre en jeu une balle de match gagnée, et, par ricochet, sa place en finale dans un tournoi du Grand Chelem. « Forcément, ça a étonné tout le monde. Non pas pour le geste en lui-même, car ce n’était pas la première fois que ça arrivait. Mais là, il s’agissait d’un garçon de 18 ans, en demies de Roland Garros, sur une balle de match… C’est pour ça que ça a tant marqué les esprits et qu’on en parle encore aujourd’hui. » Il faut dire que le jeune Mats, qui avait déjà fait le coup au tournoi junior de Rome en 1981, est un sacré personnage, doté d’un état d’esprit exemplaire. « Petite précision importante : Wilander ne m’a pas dit ‘La balle de l’adversaire est bonne’, il a juste dit ‘Je n’entends pas gagner sur une balle contestée’. Donc il n’avait pas vraiment vu la balle sur le coup, continue l’arbitre du jour. De toute façon, Wilander était un joueur extrêmement fair-play. Une autre fois, lors d’une finale face à Lendl, je n’avais pas arrêté le match malgré la pluie. Et il s’est cassé la figure dans le tie-break du quatrième set, puis a perdu le match. Devant les journalistes, il avait répondu : ‘A la place de Jacques, j’aurais fait pareil.’ » Interrogé sur la séquence, le protagoniste conforte encore plus son comportement modèle : « Je ne pouvais tout de même pas gagner sur une balle litigieuse ! Sa balle était clairement bonne ! Et je savais que j’allais revoir Clerc, qui était un joueur que j’appréciais beaucoup, pendant des années sur le circuit : j’aurais été gêné à chaque fois si je ne lui avais pas rendu cette balle. »

 

 

Comme le sport n’est pas toujours cruel, le futur numéro un mondial finit par triompher sans discussion possible sur le point d’après. Et même par soulever la coupe deux jours plus tard face à Guillermo Vilas, vainqueur en 1977 et quatre tournois du Grand Chelem à son palmarès. Un grand champion à applaudir, donc. Mais aussi un arbitre à complimenter. Car si celui-ci ne s’était pas appelé Jacques Dorfmann, pas sûr que ce geste de fair-play ait pu exister. « J’ai passé mon temps et ma carrière à demander aux autres arbitres de ne pas ramener leurs fraises quand les deux joueurs étaient d’accord. Et je pense qu’aujourd’hui, ce genre d’événements n’est plus possible. A tous les niveaux, on assiste à des parties où les deux joueurs se connaissent par cœur, ont joué l’un contre l’autre des quantités de fois, et veulent donc se rendre les points quand l’arbitre s’est trompé. Mais ce dernier refuse car il estime que quand c’est jugé, c’est jugé. » De là à dire que c’était mieux avant ? Non. Juste partager cette phrase du commentateur de l’époque : « Pour tous ceux qui disent que le tennis est devenu la guerre et qu’il y a tant d’argent en jeu… Hey bien, inclinons-nous. »

 

Par Florian Cadu

Article rédigé par

So Press

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