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Quand les Britanniques ont mis fin aux Quatre mousquetaires

Cette semaine, la France affronte la Grande-Bretagne en Coupe Davis par BNP Paribas. De quoi rappeler de mauvais souvenirs à ceux qui ont bonne mémoire.

Cette semaine, la France affronte la Grande-Bretagne en Coupe Davis par BNP Paribas. De quoi rappeler de mauvais souvenirs à ceux qui ont bonne mémoire. Car en 1933, après avoir remporté le saladier d'argent six fois d'affilé, la mythique bandes des Quatre Mousquetaires vit sa série prendre fin lors d'une finale homérique contre les Britanniques. Un coup d'arrêt définitif, puisque la France ne reverrait plus la victoire en Coupe Davis avant plus d'un demi-siècle.

 

Le tournoi de Roland-Garros est terminé depuis un mois et demi, mais en cette fin de mois de juillet 1933, les courts de la porte d'Auteuil ont ouvert leurs portes pour une occasion un peu particulière, la finale de Coupe Davis. Comme habitude depuis six ans, en fait, puisque la France soulève le saladier d'argent chaque année depuis 1927 et que Roland-Garros accueille à chaque fois la finale. C'est l'ère des irrésistibles Mousquetaires, et même si René Lacoste a pris sa retraite en 1929, Jean Borotra, Henri Cochet et Jacques Brugnon ont continué sur leur lancée en allant chercher quelques tournois du Grand Chelem, et en restant invincibles en Coupe Davis. Mais cette finale 1933 face aux Britanniques s'annonce compliquée, et quelques signes avant-coureurs étaient venus rappeler aux Français qu’ils auraient dû se méfier. Il y a d'abord eu ce Roland-Garros perdu par Henri Cochet, tenant du titre et quadruple vainqueur du tournoi, en finale contre l'Australien Jack Crawford. Un mauvais présage, puisque tous les tournois à Roland-Garros avaient jusque-là été remportés par des Français, sauf lors de la toute première édition en 1891. Et il y a eu ce changement de casting : André Merlin, 22 ans d’un palmarès bien mince, préféré en simple à Borotra, qui devra se contenter du double.

 

Des débuts compliqués

 

En face, l'escouade anglaise avance avec le même effectif que lors de la finale de la Coupe Davis 1931, perdue contre les Mousquetaires. Fred Perry emmène dans son sillage Henry Austin et Patrick Hughes, qui jouera le double avec Harry Lee. Sur le papier, les Français restent supérieurs, surtout chez eux. Les Anglais ont d'ailleurs loupé leur passage aux Internationaux de France 1933, Fred Perry et Patrick Hughes étant éliminés rapidement, pendant que Harry Lee était battu en demi-finale par Henri Cochet. Enfin, la France avait un énorme avantage : la fraîcheur. En ce temps-là en effet, le tenant du titre était directement qualifié pour la finale et n'avait donc pas à se coltiner les tours précédents. Sauf que, ce 28 juillet 1933, quand le petit nouveau André Merlin se présente face à Henry Austin, briscard de 27 ans habitué aux grands rendez-vous depuis ses jeunes années, et surnommé « Bunny » partout où il passe, rien ne se passe comme prévu. Austin ne s'encombre pas avec les politesses, et expédie le premier match en trois sets violents, 6-3/6-4/6-0. À Henri Cochet, qui a dix ans de plus que Merlin et qui a remporté les six dernières Coupe Davis avec les Mousquetaires, de laver de premier affront. Sauf que son match à lui tourne aussi au vinaigre, et que le tout frais finaliste de Roland Garros sort lui aussi du court avec la tête basse, après cinq sets passés à croiser le fer avec Fred Perry.

 

Passage de témoin

 

Heureusement que pour relever la tête, la France peut compter sur son double. Et ce sont deux vieux habitués des joutes de la Coupe Davis par BNP Paribas qui sont envoyés au front, Borotra et Brugnon, étiquetés « Mousquetaires » depuis le premier jour, au milieu des années 20. Borotra, « Le Basque bondissant », a pris de l'âge et a désormais 35 ans, mais il bondit encore et la paire française renvoie la doublette anglaise au vestiaire en trois sets. Une bonne nouvelle, puis deux après la victoire au forceps de Cochet contre « Bunny » Austin en cinq manches. À 2-2, le sort de l'équipe de France repose sur les épaules inexpérimentées d'André Merlin, qui dispute le match décisif contre le puissant Fred Perry le 30 juillet. Et face à un adversaire qui a déjà remporté plus de dix tournois, Merlin et son palmarès anémique n'enchantent personne. Si le Français parvient à remporter le premier set, il perd les trois suivants. Les Mousquetaires sont genou à terre, et ne s'en relèveront pas. Le passage de témoin est fait, et les Anglais remporteront les trois prochaines Coupe Davis par BNP Paribas. Pire, depuis ce jour-là, plus aucun Mousquetaire ne remportera de tournoi du Grand Chelem et le saladier d'argent ne reverra pas l'Hexagone avant… 1991. Ce qui fera dire à Jean Borota, présent dans les tribunes le jour lors de la victoire contre les Etats-Unis au palais des Sports de Gerland, à Lyon : « Je ne pensais pas devoir attendre aussi longtemps. » Il avait alors 93 ans.

 

Par Alexandre Doskov

Article rédigé par

So Press

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