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Miami : tout avait si mal commencé !

Un ciel déchaîné, des stars qui boudent et... une finale en bois entre deux valeureux même pas classés dans le top 25. Le Masters 1000 de Floride, considéré aujourd’hui comme le cinquième Grand Chelem, avait frôlé la catastrophe lors de sa pre

Un ciel déchaîné, des stars qui boudent et... une finale en bois entre deux valeureux même pas classés dans le top 25. Le Masters 1000 de Floride, considéré aujourd’hui comme le cinquième Grand Chelem avec son cousin du BNP Paribas Open d’Indian Wells, avait frôlé la catastrophe lors de sa première édition, à Delray Beach.

 

Le tournoi est né en février 1985, soit quelques mois avant la sortie du premier volet du film Retour vers le Futur... Tiens justement, petit jeu : qu’aurait pensé le créateur du tournoi Butch Buchholz si Marty McFly lui avait fait une petite place dans la DeLorean pour faire un bond en octobre 2015 ? En arrivant dans nos années 2000, Buchholz aurait certainement été agréablement surpris de voir son « bébé » devenu aussi incontournable. Un cinquième Grand Chelem, fixé après avoir déménagé quatre fois lors du premier quinquennat, décalé au mois de mars à partir de 1988 et affichant un palmarès XXL avec quasiment que des vainqueurs de Grand Chelem sur la liste. Sauf quatre exceptions, dont Tim Mayotte, le premier et finalement le moins côté des lauréats. Le symbole d’une première édition qui a bien failli prendre l’eau... au sens propre comme au sens figuré.

 

« Après avoir été joueur moi-même, je voulais mettre en place un évènement que les joueurs apprécieraient et attendraient avec impatience ». Le 29 février 1984, Butch Buchholz, ancien demi-finaliste de Forest Hills devenu membre du comité exécutif de l’ATP, obtient de justesse les garanties et les financements nécessaires pour concrétiser son projet de monter un grand tournoi sous le soleil de Floride : la marque Lipton accepte de verser un million et demi de dollars pendant cinq ans. « Heureusement que c’était une année bissextile, il fallait que tout soit scellé pour le premier mars ! ». Privilège alors inouï pour une épreuve nouvelle, le « Lipton International Players Championships » propose le format d’un Grand Chelem (128 joueurs, et 3 sets gagnants à partir des quarts de finale) et réussit à obtenir deux semaines dans le calendrier (du 4 au 18 février) plus une exposition intéressante sur la chaine ABC... Sans oublier les 1,8 millions de prize money, et ces petites voiturettes de golf mises à disposition des joueurs pour circuler dans l’énorme complexe de 18 courts. Mais...

 

Bourrasques et supporter ivre

 

Pourtant, débuter l’année en allant amasser un max de dollars sous les palmiers est une fausse bonne idée selon Arthur Ashe, le consultant-vedette embauché pour l’occasion par ABC. « Dans un cadre sympa comme ça, il n’y a pas la pression qui existe dans les autres grandes épreuves... Les joueurs se sentent un peu en vacances. » Cadre sympa ? « Les sanitaires sont de simples roulottes, les tribunes des praticables, et les aires réservées au public et notamment à la restauration seraient insuffisantes en cas d’affluence supérieure », note l’envoyé spécial de Tennis Magazine. Voilà peut-être la raison pour laquelle Jimmy Connors (3è mondial) ne veut même pas en entendre parler. Andres Gomez (5è) et Pat Cash (8è) le suivront dans son choix. Mais le forfait le plus dur à encaisser pour les organisateurs est celui du numéro 1 mondial John McEnroe, pas vraiment délicat au moment de décliner l’invitation. « C’est stupide d’organiser cet évènement en pleine saison indoor, et en plus, il y a beaucoup trop de vent en cette période de l’année en Floride ! » Et tac !

 

John McEnroe ne croyait peut-être pas si bien dire. Jusqu’au milieu de la deuxième semaine, les conditions météorologiques sont désastreuses : les bourrasques font annuler deux sessions de nuit. « Je n’ai jamais joué dans de pires conditions », confie l’Américaine Chris Evert. « C’était une ambiance de fin du monde. Les tentes qui abritent la presse, les officiels ou les ramasseurs de balles étaient transpercés par le vent. Les joints craquaient de partout, les lumières se balançaient de droite à gauche », lit-on dans le rapport quotidien de L’Equipe. D’ailleurs, les journalistes sont les rares spectateurs des premiers tours. Tim Mayotte se souvient lui d’avoir commencé le tournoi « après minuit, dans le vent, et devant seulement une poignée de spectateurs, dont un complètement ivre. » Dans ces conditions, les vedettes tombent comme à Stalingrad. Seuls 7 des 16 têtes de série franchissent le troisième tour. Pour Ivan Lendl et Mats Wilander, le tournoi se termine en huitième de finale. « Par vent très fort, les bons joueurs ne peuvent pas lâcher leur coup », analyse Yannick Noah, unique vedette avec Vitas Gerulaitis et Stefan Edberg à avoir tenu le coup jusqu’aux quarts de finale ! Fiasco complet. À moins que...

 

« Regardez, c’est mon fils ! »

 

Le dimanche 18 février 1985, l’affiche de la finale, quoique 100% US, fait presque pitié : Scott Davis (27è mondial) versus Tim Mayotte (45è mondial). Pour la seule fois de l’histoire du tennis, deux joueurs non têtes de série s’affrontent en finale d’un tournoi de 128 joueurs... Mais sous un ciel enfin calme et devant des tribunes enfin remplies, Tim Mayotte réussit une bien belle « remontada » face à son compatriote (4/6 4/6 6/3 6/2 6/4). Mais surtout, il découvre pendant la remise des prix que ses parents sont dans le stade. « Ils étaient venus en voiture de Bradenton. Normalement, ils ne me regardaient jamais car ils sont trop nerveux ! D’ailleurs, mon père a quitté le stade à deux sets à zéro pour Scott Davis pour aller regarder le match dans un bar, pas très loin. Après quelques verres, il a commencé à dire à tout le monde : ‘Regardez, c’est mon fils !’ ». Ce beau happy end sauve in extremis l’édition 1985 du marasme. Mais ce n’est que le début d’une série de quatre ans d’embûches. En 1986, alors que le tournoi a déménagé à Boca West, Jimmy Connors s’auto-expulse lors du cinquième set de sa demi-finale contre Ivan Lendl... La malédiction se poursuivra ensuite à Key Biscayne, du moins lors des trois premières années, celles où le tournoi élit domicile sur un ancien cimetière indien et fait jouer tous les tours en trois sets gagnants : en 1989, Thomas Muster doit déclarer forfait pour la finale après s’être fait broyer la jambe par un chauffard. Buchholz peut alors postuler au titre de directeur de tournoi le plus poissard de tous les temps. Mais à l’image du tournoi, l’Autrichien s’est remis de l’accident pour revenir ensuite encore plus fort qu’avant. Deux des plus grands miracles de l’Histoire récente du tennis.

 

Par Julien Pichené

Article rédigé par

So Press

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