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Le coup entre les jambes peut-il être irrespectueux ?

Adoré des supporters et du public, difficile à réaliser et beau à regarder, le tweener jouit d’une bonne réputation. Mais celui réalisé par Kyrgios contre Tsonga à Marseille soulève une question : s’agit-il d’un geste provocateur s’il n

Adoré des supporters et du public, difficile à réaliser et beau à regarder, le tweener jouit d’une bonne réputation. Mais celui réalisé par Kyrgios contre Tsonga à Marseille soulève une question : s’agit-il d’un geste provocateur s’il n’a pas pour but de faire gagner le point ?

 

Il n’affiche aucun sourire malgré les félicitations des tribunes. À peine serre-t-il le poing après avoir évité le ramasseur de balle. Pour Nick Kyrgios, ce coup entre les jambes répondant à un amorti de Jo-Wilfried Tsonga n’est pas un geste inhabituel. Sauf que dans ce contexte précis, l’Australien n’a en apparence pas franchement d’intérêt à le réaliser. S’il gagne le point là-dessus, l’enfant terrible du tennis aurait très bien pu se contenter d’un missile sur le court pour obtenir le même résultat. Ce qui aurait sûrement été plus sage. Surtout dans une demi-finale serrée (2-2, 15-40) lors de l’ATP 250 de Marseille. Alors, pourquoi Nick s’est-t-il permis un tel risque ? L’objectif serait-il de faire enrager l’adversaire ?

 

 

« Il ne cherche ni à provoquer, ni à chambrer, réfute tout de suite Thomas Giraud, membre de la team Soyez P.R.O, méthode de coaching mental mise au point par Ronan Lafaix, qui collabore avec Gilles Simon et Stéphane Robert. En fait, il y a deux cas de figure avec le coup entre les jambes : soit c’est un coup qui permet de se sortir d’une mauvaise situation, comme quand Roger Federer doit défendre sur un lob vraiment long en fond de court et qu’il n’a pas de meilleures options techniques, soit c’est un coup qui n’a pas pour but principal de gagner le point, comme avec Kyrgios ici. Là, l’ambition première est de se faire plaisir. » Au détriment du résultat ? Pas vraiment. Car pour certains joueurs, comme Kyrgios, l’aspect ludique du tennis est essentiel à son épanouissement, et donc à son rendement. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le garçon de 21 ans s’essaye à ce genre de tweener inadapté à la situation. En février, il sort ainsi un coup entre les jambes après un retour anodin d’Andreas Seppi, sur une balle de match en sa défaveur au cinquième set à l’Open d’Australie. Tranquille.

 

 

« Tenter des gestes de la sorte, c’est primordial pour ce style de joueurs. Ça lui permet de se mettre dans une énergie positive, dans une nouvelle dynamique, dans un meilleur état d’esprit, estime Thomas Giraud. Parce que pour Kyrgios, le côté joueur est super important. Lui, si tu lui fais faire du panier pendant une heure, il va se pendre. » Le constat est donc le suivant : si la majorité des tennismans sont capables de se muer en machine et de ne s’autoriser aucun écart en gardant comme priorité le pragmatique du résultat, impossible pour d’autres de se contenter d’une prestation sans folie. Pour ceux-là, le tennis doit rester un jeu. Or, « si on oublie de jouer, on prend trop les choses au sérieux, on n’est pas assez détaché, on est trop impliqué, rappelle l’expert en coaching mental. Conséquences : on calcule et on retient ses coups. » Une analyse particulièrement vraie pour la catégorie des « monfisiens ». C’est pourquoi Gaël Monfils n’hésite jamais à s’offrir des petites sucreries risquées en plein match, alors qu’il n’a qu’à tendre le bras pour gagner le point. Quand il décide de s’essayer à son smash à 360 degrés – qu’il travaille à l’entraînement – au tournoi de Halle 2013 contre Tommy Haas, tout le monde s’étonne et personne n’imagine que cette inspiration insolite peut l’aider à emporter ce point. Mais peu se doute que le Français ne fait pas uniquement ça pour enflammer le public. 

 

 

Reste une interrogation : ces gestes osés peuvent-ils être mal pris par l’adversaire ? Si ce dernier s’incline sur un passing gagnant grâce à tweener parfaitement exécuté en position de défenseur (comme celui de Lucas Pouille en finale du tournoi de Marseille), pas de problème : généralement beau joueur, il reconnait la beauté de l’action et va même parfois jusqu’à applaudir. Mais s’il s’agit d’un coup entre les jambes « gratuit » ? « Cela peut effectivement être vexant, et on peut avoir la sensation du manque de respect. Ça peut toucher mentalement, répond Gaël Passarrius, ancien entraîneur de Ligue pour la Guadeloupe, formateur et coach de jeunes et d’enseignants professionnels. Mais la bonne chose à faire, c’est justement de laisser couler. Et se dire qu’on a affaire à un joueur singulier. Moi qui ai eu l’occasion de voir Monfils s’entraîner en Guadeloupe, je peux vous dire qu’il tente toujours des choses. Donc il n’y a pas de provocation. »

 

 

Une attitude qu’a parfaitement comprise Tsonga, droit dans ses bottes après le coup de Kyrgios. Normal, puisque le Français connaissait très bien son concurrent du jour et sa personnalité déroutante, selon Thomas Giraud : « Jo s’attend à des coups insolites, étranges, créatifs. Il est préparé, et c’est fondamental. Prenons Michael Chang et son service à la cuillère en huitièmes de finale de Roland Garros 1989. Personne ne s’attendait à ça, et surtout pas Ivan Lendl, qui était complètement décontenancé. Il n’avait jamais imaginé Chang, qui avait plutôt le profil d’un mur à l’époque, faire ça. » Peut-être que le Tchécoslovaque aurait dû tenter un tweener pour passer à autre chose.

 

 

Par Florian Cadu

Article rédigé par

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