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Le jour où… Ivan Ljubicic et Mario Ancic ont gagné la Coupe Davis par BNP Paribas à eux seuls

Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait : en 2005, les Croates Ivan Ljubicic et Mario Ancic réalisent l’exploit de remporter la Coupe Davis par BNP Paribas à eux seuls. Douze points pour deux hommes. Flashback.

Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait : en 2005, les Croates Ivan Ljubicic et Mario Ancic réalisent l’exploit de remporter la Coupe Davis par BNP Paribas à eux seuls, sans jamais avoir à faire appel à leurs coéquipiers Karlovic et Krajan par exemple, qu’on retrouvera sur le court et sur le banc, respectivement, ce week-end. Douze points pour deux hommes. Retour sur le parcours du duo, de l’élimination de la « Dream team » américaine au premier tour à un improbable 5e match décisif pour le titre en finale.

 

Andre Agassi et Andy Roddick en simple, Bob et Mike Bryan en double : le « line-up » américain a une sacrée gueule en ce premier tour de Coupe Davis par BNP Paribas 2005, à domicile qui plus est, sur le dur de Carson, Californie. Pourtant, Andre Agassi et toute sa bande vont se faire voler la vedette par un visiteur déchaîné : Ivan Ljubicic, épatant leader d’une équipe croate qui jouait encore son maintien dans le Groupe mondial en barrages moins de six mois auparavant. Le grand chauve au service de plomb ne met que trois sets à gâcher la fête d’Agassi au premier match (6/3 7/6 6/3) puis, avec son acolyte Mario Ancic, domine les Bryan en double (3/6 7/6 6/4 6/4). La résistance de Roddick n’y change rien : au bout des cinq sets, Ljubicic survolté arrache la qualification de la Croatie pour les quarts de finale au match n°4 (4/6 6/3 7/6 6/7 6/2). Jamais, en 105 ans d’histoire de la Coupe Davis par BNP paribas, les Américains n’avaient perdu un premier tour sur leur sol !

« Agassi, Roddick et les Bryan en trois jours : c’est un des week-ends les plus fous de ma carrière », se rappelle l’aîné des deux Croates, revenant sur la genèse d’une folle aventure : « Tout a commencé quand, avec Mario, nous avons arraché la médaille de bronze en double aux JO d’Athènes l’année précédente, sur un 16-14 au couteau contre deux spécialistes, Leander Paes et Mahesh Bhupathi. Cela nous a fait prendre conscience de quoi nous étions capables. Derrière, nous avons gagné à nous deux le barrage de Coupe Davis contre la Belgique et, à partir de là, avons décidé que nous voulions jouer tous les matchs de la campagne suivante. Quand vous avez cette évidence en tête, avec l’état d’esprit qui va avec, cela rend les choses plus faciles. Mario et moi étions prêts, totalement convaincus d’être capables d’aller puiser très loin en nous-mêmes le temps de quatre week-ends dans l’année. »

 

Ancic – Ljubicic, c’est plus fort qu’Ivanisevic

 

L’épopée est lancée : en quarts de finale, à la maison, à Split, sur une moquette indoor, la Roumanie d’Andrei Pavel et Victor Hanescu en fait à son tour les frais, Ljubicic inscrivant là aussi ses deux points de simple plus celui du double associé à Ancic. Comme « Ivan le Terrible » et « Super Mario » l’avaient prédit, aucun autre joueur croate ne jouera de match à enjeu cette année-là : en demies contre la Russie, Ljubicic, toujours lui, inscrit ses points de simple contre Mikhaïl Youzhny et Nikolay Davydenko, quand le tandem Ancic – Ljubicic remporte son double contre Igor Andreev et Dmitry Tursunov. La Croatie est en finale de Coupe Davis par BNP Paribas, chose que même la Yougoslavie, son aînée, n’avait pu réussir malgré la présence dans ses rangs d’un champion du calibre de Goran Ivanisevic.

Ivanisevic, justement : il est la figure tutélaire de toute une génération de tennismen croates bercée par ses exploits. Alors pour la finale, à disputer à l’extérieur contre une surprenante équipe slovaque qui a écarté l’épouvantail argentin en demies, tout le groupe est unanime pour rappeler le glorieux retraité (« Aceman » a raccroché un an et demi plus tôt) en tant que sparring-partner, histoire qu’il soit crédité de la victoire en cas de triomphe à Bratislava.

 

Ljubicic, à un set…

 

La finale face à la Slovaquie commence exactement selon le même scénario que les trois tours précédents : Ivan Ljubicic gagne son simple contre le n°2 adverse, le vieillissant Karol Kucera (6/3 6/4 6/3), Mario Ancic perd le sien face au n°1 (7/6 6/3 6/7 6/4 contre Dominik Hrbaty), avant que le tandem croate ne prenne l’avantage en double (7/6 6/3 7/6 contre Hrbaty et Michal Mertinak).

Ljubicic a alors l’occasion de clore la campagne individuelle la plus fabuleuse jamais vue en Coupe Davis par BNP Paribas, celle du sans-faute absolu : apporter l’ensemble des 12 points à enjeu, 8 points en simple et 4 en double, nécessaires pour remporter la compétition. Pourtant, contre toute attente, le taulier trébuche sur la dernière marche, battu en cinq sets par Hrbaty (4/6 6/3 6/4 3/6 6/4). Il faut dire aussi… « Je me suis réveillé ce matin-là avec le cou complètement bloqué, explique le Croate. Malgré les anti-douleurs, j’ai même dû quitter le terrain au troisième set pour aller vomir tellement je ne me sentais pas bien ! Et puis je dois avouer que je ressentais de la tension. L’enjeu était tel que ça devenait difficile de garder la concentration nécessaire. Cela n’a pas pardonné face à un adversaire comme Hrbaty, qui a livré ce jour-là son meilleur match contre moi. »

 

Nikki, Zeljko, Ivo et les autres…

 

Dans cette affiche inattendue entre deux novices au stade de la finale, le titre se jouera au cinquième match, entre celui qui attend encore d’apporter sa pierre à l’édifice en simple, Mario Ancic, et un complet inconnu, Michal Mertinak, 165e mondial. La partie est plus serrée que prévue, Ancic tendu, mais le jeune espoir croate a été à bonne école toute l’année : un jeu décisif bien mené au premier set, un break par manche ensuite, et il l’emporte en trois manches (7/6 6/3 6/4). « J’avais l’impression que tout était sous mon contrôle, relève Ancic. C’est un match inoubliable… et un jour inoubliable. »

La Croatie remporte sa première Coupe Davis par BNP Paribas par la grâce d’un duo crédité de l’intégralité des points de l’équipe, et devient la première nation à triompher dans l’épreuve sans être tête de série. Sur le banc, Nikki Pilic savoure : il est le premier capitaine à gagner avec deux pays différents, après l’Allemagne en 1988, 1989 et 1993. « Mais il n’y a aucune comparaison possible avec ce que j’ai vécu avant, exulte t-il. Aujourd’hui j’ai gagné avec mon pays, mon peuple. Je suis tellement fier d’avoir mené cette équipe à la victoire dans l’une des plus grandes compétitions de sport au monde. » Ljubicic de conclure : « Andre Agassi, ce grand monsieur, est venu nous féliciter pour ce que nous venions d’accomplir face à son équipe. Il y a des moments comme ça qui ne s’oublient jamais. »

 

Par Guillaume Willecoq

Article rédigé par

So Press

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