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Dix histoires de l’Open de Moselle

Les organisateurs du tournoi de Metz ont annoncé qu’ils vendaient leur date au calendrier ATP, faute de pouvoir faire le match financièrement avec la concurrence asiatique. Retour sur un tournoi qui, de 2003 à 2016, a servi de tremplin à nombre de j

Les organisateurs du tournoi de Metz ont annoncé qu’ils vendaient leur date au calendrier ATP, faute de pouvoir faire le match financièrement avec la concurrence asiatique. Retour sur un tournoi qui, de 2003 à 2016, a servi de tremplin à nombre de jeunes talentueux ainsi qu’à un spécimen unique de rasta, un jeune papa et un avionophobe.

 

Le songe d’une nuit d’hiver

L’idée d’un tournoi de tennis à Metz vient de lui : un soir de défaite, le Lorrain Julien Boutter épanche son spleen sur l’épaule de son copain Yvon Gérard. La nuit avançant, le duo revisite le temps où la région accueillait un tournoi ATP, dans les années 80, alternativement entre Nancy et Metz. Ces divagations nocturnes ne vont pourtant pas s’évaporer le jour venu : Yvon Gérard se met en tête de concrétiser le rêve en projet. À lui la prospection locale, à Julien celle auprès de l’ATP. Un an plus tard, l’Open de Moselle voit le jour grâce aussi à Patrice Dominguez, qui trouve là occasion de « sauver » la date du tournoi de Toulouse, annulé suite à l’explosion de l’usine AZF. Julien Boutter aurait « dû » jouer ce premier Open de Moselle, mais opéré à l’épaule, c’est des loges et le bras bandé qu’il observe la victoire de son pote Arnaud Clément. Et qu’il se prépare, sans le savoir encore, à devenir bientôt directeur de cette épreuve.

 

Haehnel en voisin… et en voiture

Jérôme Haehnel n’a gagné qu’un seul match en Grand Chelem dans sa carrière, mais c’était aux dépens d’Andre Agassi, sur le Central de Roland-Garros. Jérôme Haehnel n’a gagné que huit matchs sur le circuit principal dans sa carrière, mais cinq ont eu lieu lors d’un seul et même tournoi, le menant jusqu’au titre. C’était à Metz, en 2004, où ce phobique de l’avion n’a pas eu à prendre sur lui pour surmonter sa peur : natif de Mulhouse, il était venu disputer les qualifications en quasi-voisin. Il y bat Nicolas Renavand, Ramon Delgado et un certain Stanislas Wawrinka. Totalement relâché, il enchaîne dans le tableau final Jose Acasuso, Marc Gicquel, Arnaud Clément, Paul-Henri Mathieu et, en finale, le grand espoir du tennis français, Richard Gasquet. Mais sur le circuit ATP, on ne joue pas toutes les semaines juste à côté de chez soi. Rattrapé par ses appréhensions dès janvier suivant, quand il tente le grand vol vers l’Open d’Australie, cet ancien bon junior (vainqueur de l’Open d’Australie en double, quart de finaliste de l’US Open en simple) préféra repartir pour une vie de Challengers, Futures et tournois nationaux – tout, du moment que ce soit accessible en train ou en voiture.

 

Gasquet – Monfils, les prémices

Si ces deux-là se connaissent depuis l’enfance, Metz a été le terrain d’expression privilégié aux face-à-face directs entre Richard Gasquet et Gaël Monfils : trois de leurs quatre premières rencontres ont eu lieu là-bas ! Dont l’inaugurale, en 2004, où Gasquet, plus en avance, prend le meilleur sur Monfils, récent champion du monde juniors, en quarts de finale (7/5 6/1). Première finale ATP pour Richard, premier quart pour Gaël, sorti des qualifications : tournoi hautement fondateur pour cette génération, avec Gilles Simon également présent dans le tableau, lui aussi passé par la case « qualifs ». L’année suivante, même lieu, même heure, Gaël prend sa revanche sur « Richie » lors de leur deuxième face-à-face (7/6 6/3). Ils s’y croiseront encore une fois, en demies cette fois, en 2009, pour une victoire de « La Monf » (6/4 6/3). Qui ira ensuite au bout.

 

Ljubicic, le p’tit jeune prometteur et la wild-card

Quand il s’impose à Metz en octobre 2005, Ivan Ljubicic signe le coup d’envoi d’une fin d’année folle qui le verra également triompher à Vienne, atteindre les finales des Masters 1000 de Madrid et du BNP Paribas Masters, aller au Masters et finir en fanfare en offrant à la Croatie la première coupe Davis par BNP Paribas de son histoire. Dans ses bagages, celui qui sera bientôt 3e mondial amène à Metz un jeune sparring-partner avec lequel il partage alors son entraîneur, Riccardo Piatti. L’Italien demande une wild card pour son protégé, classé 97e mondial : l’organisation hésite, refuse finalement. Le gamin de 18 ans ira faire ses preuves en qualifications, où il abandonnera contre le Russe Yuri Schukin. Partie remise : l’année suivante, Novak Djokovic sera entrant direct et ira conquérir à Metz le deuxième de ses 66 titres ATP (série en cours).

 

Tsonga, monsieur l’ambassadeur

En 2011, Jo-Wilfried Tsonga décide de s’atteler à un copier-coller de la fin de saison 2005 d’Ivan Ljubicic : vainqueur de… Ljubicic en finale à Metz, il s’impose ensuite à Vienne (comme « Ljubi » avant), dispute la finale du BNP Paribas Masters (tiens, tiens) et se qualifie pour le Masters de Londres (encore)… où il ne lui manque pas grand-chose pour prendre le dessus sur Roger Federer en finale (défaite 6/3 6/7 6/3, non sans avoir eu les premières balles de break au troisième set). De manière générale, Metz est « son » tournoi : il y gagne trois fois (2011, 2012, 2015) et ne perd que 3 matchs sur 21 disputés (Murray en quarts en 2007, Simon en finale en 2013, Goffin en quarts en 2014). Un sacré gage de sérieux vu le positionnement du tournoi, périlleux pour les meilleurs, au lendemain de l’US Open (ou, un temps, des demi-finales de coupe Davis).

 

Un Zverev peut en cacher un autre

À même pas 20 ans, Alexander Zverev présente déjà un CV plus garni que celui de son frère aîné de 10 ans, jamais monté au-dessus du 45e rang mondial. Mais à Metz, des deux Zverev c’est bien Mischa que l’on connaît le mieux : demi-finaliste en double en 2009, finaliste en simple en 2010 en sortant des qualifications (sa seule finale sur le circuit principal en simple), encore sorti des « qualifs » en 2012, 2013 et 2015, Mischa le gaucher aime les Arènes de Metz…. et son assiduité à l’épreuve lorraine aura permis aux plus observateurs de voir arriver de loin le talentueux « Sascha », toujours dans les pattes de son frangin, auquel il servait de sparring et auprès duquel il aura appris – et bien appris – le métier.

 

Rasta raquette

Le contraste est saisissant : d’un côté, Rogier Wassen, raide comme un piquet, pas un talent fou mais terriblement appliqué. De l’autre, Dustin Brown, le rasta jamaïcano-allemand – ou alemano-jamaïcain. Nous sommes en 2010, et le monde du tennis découvre cet énergumène aussi doué que fantasque. Tandis que Wassen s’échauffe très sérieusement en vue de la finale du double, Brown reste assis sur sa chaise, jambe repliée, pleinement accaparé par le challenge de faire tenir sa raquette en équilibre sur sa tête. Un dilettantisme d’aspect qui n’empêchera pas le tandem de s’adjuger le titre, et Dustin Brown d’ouvrir son palmarès sur le circuit principal. La rumeur (la légende ?) veut que lors de la traditionnelle soirée des joueurs de début de tournoi, le même Dustin Brown ait fait la fermeture du « Channel », haut lieu de la vie nocturne messine, plutôt tôt le matin que tard le soir…

 

Simon papa tara

Quel est le point commun entre les deux titres de Gilles Simon à l’Open de Moselle, 2010 et 2013 ? À chaque fois, il disputait son tournoi de rentrée après la naissance d’un de ses enfants. Soit Thimoté, né le 2 septembre 2010, pendant l’US Open, alors que Simon s’apprêtait à défier Rafael Nadal au troisième tour, et Valentin, né le 9 septembre 2013, le Français ayant cette fois effectué une coupure du circuit pour vivre pleinement l’évènement. En 2010, il aligne Dustin Brown, Igor Sijsling, Xavier Malisse, Philipp Kohlschreiber et Mischa Zverev. En 2013, il ne perd même pas un set contre Kenny De Schepper, Sam Querrey, Nicolas Mahut et Jo-Wilfried Tsonga ! Pas de doute : la paternité donne des ailes.

 

Pouille, le point final ?

2016 était donc la dernière édition du Moselle Open, et c’est paradoxalement sans doute celle qui aura rencontré le plus d’écho médiatique avec la victoire de Lucas Pouille, espoir n°1 du tennis français, encore tout frais auréolé de sa victoire au tiebreak du cinquième set sur Rafael Nadal en huitièmes de finale de l’US Open. À Metz, la tête de série n°3 met les petits plats dans les grands pour ouvrir son palmarès, lui qui n’avait jusque-là triomphé qu’en Futures : Pierre-Hugues Herbert, Julien Benneteau, et puis David Goffin, n°2, en demies, et Dominic Thiem, n°1, en finale. Voilà qui justifiait bien de payer sa tournée aux journalistes partageant avec lui le train de retour pour Paris.

 

Françaises, Françaiiiis…

Arnaud Clément, Jérôme Haehnel, Gaël Monfils, Gilles Simon deux fois, Jo-Wilfried Tsonga trois fois, Lucas Pouille : le Moselle Open aura été le tournoi des Français, qui trustent 9 titres sur 14 attribués (8 sur 14 en double) et seulement trois éditions sans aucun joueur maison à l’affiche de la finale. Pour des organisateurs, c’est un point fort : un local en finale (et au palmarès si possible) est l’assurance d’un succès public et médiatique. Mais gare à l’impression de « championnat national » qui peut se dégager d’un tableau « trop » franco-français. Toute la difficulté d’un juste équilibre à trouver… en tenant compte de la realpolitik économique, entre droits d’entrée versés à l’ATP pour bénéficier d’une date au calendrier, dotation globale et système de garanties incontournable pour attirer les meilleurs. Au bout de quatorze éditions passées à jongler, le Moselle Open a préféré dire « stop ».

 

Par Guillaume Willecoq

Article rédigé par

So Press

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