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Jérôme Haehnel, le tennisman qui n'aimait pas l'avion

Vainqueur de l’Open de Moselle en 2004, Jérôme Haehnel n’a jamais vu sa carrière complément décoller. Il faut dire que le Français n’aimait pas prendre l’avion. Embêtant.

Si Dennis Bergkamp a prouvé qu’on pouvait être une légende du football sans jamais monter dans un avion, c’est bien plus compliqué pour un tennisman. La preuve avec Jérôme Haehnel, dont la carrière n’a jamais vraiment décollé après sa victoire à l’Open de Moselle en 2004 à cause de son mal de l’air.

 

Pour un tennisman, l’avion est à priori un moyen de transport presque aussi banal qu’emprunter pour beaucoup le métro ou prendre la voiture le matin pour se rendre à son travail. Les longues heures à l’aéroport, les escales, les films qu’on regarde au-dessus de l’Atlantique ou du Pacifique plutôt qu’au cinéma, font partie du boulot. On commande ou on annule un vol à la dernière minute tout au long de la saison. Ainsi, Mats Wilander a échappé à l’attentat de la Panam au-dessus de Lockerbie en 1988. Dix ans plus tard, Marc Rosset décale son retour en Suisse après sa défaite au premier tour de l’US Open pour dîner avec un ami dans un restaurant chinois. Il apprendra à son réveil que l’avion de la Swissair où il devait monter s’est écrasé du Canada et n’a laissé aucun survivant. A priori, la peur de l’avion (ou aérdromophobie) est incompatible avec une grande carrière aux quatre coins du monde. Grand espoir du tennis français à la fin des années 90, Olivier Mutis ne disputait que des tournois à 500km de chez lui depuis une mauvaise expérience lors d’un décollage en Grèce en 2000. De quoi sérieusement limiter sa progression.

 

Tombeur d’Agassi et Federer

 

Pour l’Open de Moselle, le problème ne s’est jamais posé pour Mutis le Messin. Lors de l’édition 2004, le régional du tournoi perd dès le deuxième tour, le public se rabat alors sur Jérôme Haehnel qui vit à moins d’une heure de Metz, du côté de Mulhouse. Issu des qualifications, l’Alsacien trace sa route. Il élimine l’Argentin José Acasuso puis ses compatriotes Marc Gicquel, Arnaud Clément et Paul-Henri Mathieu. En finale, il créait la surprise en disposant d’un Richard Gasquet tout juste majeur (7-6, 6-4). A 24 ans, Haehnel remporte son premier tournoi sur le circuit majeur et intègre le Top 100. Avec un tel classement, il peut déjà réserver son billet pour l’Open d’Australie en début de saison prochaine sans passer par la case qualifications. Mais c’est bien là le problème : Haehnel déteste l’avion. Alors quand on lui pose la question après son succès en Moselle, il prend sur lui. «Je n’aime pas l’avion, mais je me dois de participer à Melbourne, c’est quand-même le premier tournoi du Grand chelem de la saison. »

 

Le public français a découvert ce drôle de personnage quelques mois plus tôt à Roland-Garros. Classé 271e mondial, il dispose en trois petits sets d’André Agassi sur le Central pour le dernier match de l’Américain à Paris. « Vous ne me connaissez pas, ça ne m'étonne pas», ironise le héros du jour en conférence de presse. Haehnel explique alors qu’il a préféré jusqu’à présent les tournois challenger pour des raisons économiques et aussi parce qu’il n’aime pas voler. Une peur qui est venue avec l’âge pour celui qui s’était rendu en Australie ou aux Etats-Unis chez les juniors. En 1997, il avait même battu le tout jeune Roger Federer lors d’un tournoi ITF au… Venezuela. Mais voilà, le garçon n’a pas l’âme d’un aventurier. «Il n'ira jamais jouer en Inde par exemple, il a peur dans des pays sous-développés», confie sa copine. 

 

«L’avion a été pris dans un orage »

 

Mais en janvier 2005, le tombeur d’Agassi se fait violence et monte dans un Paris-Melbourne pour disputer son premier Open d’Australie sur le circuit ATP. Son dernier aussi. Si sa défaite au premier tour contre le redoutable Mikhail Youzhny n’a rien d’illogique et de traumatisant, c’est surtout le vol retour qui va virer au cauchemar pour le Français. «L’avion a été pris dans un orage. A parti de là, j’ai commencé à encore plus me poser de questions. Surtout que j’avais eu deux vols assez durs par le passé déjà. » Tant pis pour ses milles, Haehnel décide de fréquenter de moins en moins les aéroports et sacrifie les tournées asiatiques et américaines. Il existe assez de tournois en Europe où il peut se rendre en voiture ou en train. «Mais quand je devais prendre l’avion de nouveau, j’étais très tendu, ça devenait gênant et ma carrière s’en est ressentie ». 

 

Retiré des terrains depuis 2009, Jérôme Haenhel est resté dans le monde du tennis. Il entraîne des joueurs de 13/14 ans dans l’académie fondée par Thierry Ascione en région parisienne, mais il est aussi l’un des deux coachs de Nicolas Mahut, numéro un mondial en double. Mais là encore, sa phobie le rattrape et l’a empêché de suivre son joueur à Rio pour les JO et à l’US Open. «J’ai toujours aussi peur, avouait-t- encore cet été au journal l’Alsace. C’est un peu un problème pour suivre un joueur à l’année. » Sauf s’il aime les tournois challengers en Europe et prendre le train. 

 

Par Alexandre Pedro

Article rédigé par

So Press

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