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Avant Thiem, l’Autriche a connu…

Si l’Autriche n’est pas à proprement parler un grand pays de tennis, elle possède une tradition réelle, quoique fragile, dans le tennis. Regard sur un arbre généalogique bon an, mal an centenaire dans lequel Dominic Thiem vient de prendre place.

L’Autriche n’est pas à proprement parler un grand pays de tennis. À l’ombre de l’Allemagne et des ex-géants tchécoslovaques et yougoslaves, cette terre de ski n’en possède pas moins une tradition réelle, quoique fragile, dans le tennis. Regard sur un arbre généalogique bon an, mal an centenaire qui nous amène jusqu’au petit jeune Dominic Thiem, dernier entrant en date du Top 10.

 

Arthur Zborzil – Fritz-Felix Pipes, les pionniers

Médaillés d’argent en double aux jeux olympiques de 1912, à Stockholm. Cela n’a l’air de rien, mais en battant les Français Albert Canet et Edouard Meny de Marangue sur le score épique de 7/5 2/6 3/6 10/8 10/8, Arthur Zborzil (par ailleurs quart de finaliste en simple) et Fritz-Felix Pipes ont signé le résultat le plus scintillant du tennis autrichien jusqu’à l’avènement de Thomas Muster. Rien que ça.

 

Un quatuor pour des huitièmes

De la fin des années 1920 jusqu’au coup d’arrêt de la Seconde guerre mondiale, un noyau de joueurs autrichiens s’illustre dans les compétitions internationales : Franz-Wilhelm Matejka (trois huitièmes de finale à Roland-Garros), Herman von Artens (trois huitièmes à Roland-Garros, un à Wimbledon), Adam Baworowski (trois huitièmes à Roland-Garros, dont un où il mène deux manches à rien contre Bernard Destremau) et Georg von Metaxa (finaliste à Wimbledon en double en 1938) permettent à l’Autriche de s’installer sur la carte du tennis. Pas de grands titres, mais une densité certaine, que l’on ne reverra là encore pas avant l’âge d’or des années 90.

 

Hans Redl, de Stalingrad à Wimbledon

Hans Redl ou l’homme de la réintégration à la communauté internationale, après la mise au ban consécutive à la Seconde guerre. Manchot depuis Stalingrad, où il a perdu le bras gauche, il dispute dix Wimbledon d’affilée entre 1947 et 1956. Il y atteint notamment les huitièmes de finale la première année, ainsi que les quarts en double en 1953, avec son compatriote Fred Huber. Redl ouvre la voie à Ladislav Legenstein, huitième de finaliste à Roland-Garros en 1959 et surtout surprenant vainqueur de la très cotée Rogers Cup canadienne en 1960. Le tennis autrichien relève la tête.

 

Hans Kary et Peter Feigl, l’entrée dans l’ère moderne

Les noms commencent à parler à l’amateur lambda de tennis. Hans Kary compte quelques victoires de prestige sur Jan Kodes (triple champion en Grand Chelem dans les années 70), Tom Okker (finaliste de l’US Open), Brian Gottfried (finaliste de Roland-Garros) et même un Ivan Lendl tout jeunot. Avec Peter Feigl, son cadet de deux ans, ils se disputent même la première finale 100% autrichienne de l’histoire de l’ATP à Lagos, en 1979. Feigl l’emporte, lui qui avait déjà gagné le premier tournoi ATP d’un représentant autrichien un an plus tôt, à Cleveland. Feigl atteint les quarts de finale de l’Open d’Australie 1978, battant le vétéran Ken Rosewall 10-8 au cinquième set avant de s’incliner aux portes du dernier carré, encore en cinq sets, encore face à un champion vieillissant, Arthur Ashe.

 

Thomas Muster, le fleuron

Une gueule, un cri, un tennis de bûcheron, un surnom, « Musterminator », et surtout 44 titres ATP, dont Roland-Garros 1995, sa pièce majeure, seul titre du Grand Chelem en simple remporté par un Autrichien. Quelques autres temps forts de sa carrière, en vrac : 12 tournois remportés sur la seule saison 1995 ; 3 titres à Monte-Carlo et autant à Rome ; 40 matchs gagnés consécutivement sur terre ; 40 titres sur 44 remportés sur terre ! On ne plaisante pas avec la légende… terrienne. Car Muster est aussi le seul n°1 mondial (6 semaines en 1996) à n’avoir pas gagné le moindre match à Wimbledon dans sa carrière. 

 

Horst Skoff, dans l’ombre de Muster

Un mini-Muster, d’un an le cadet de Thomas et, surtout, son meilleur ennemi, l’homme qu’il adorait détester et face auquel il s’est sublimé, remportant 5 de leurs 11 affrontements. S’ils jouaient ensemble en coupe Davis par BNP Paribas (Skoff détint jusqu’en 2015 le record du plus long match disputé depuis l’introduction du jeu décisif, soit 6h05 lors de sa victoire sur Mats Wilander en 1989), ils ne s’y adressaient pas la parole. Et ça valait mieux : Skoff aux yeux de Muster ? Un « idiot », « stupide ». Muster aux yeux de Skoff ? Un « plouc », un « cul-terreux ». Ambiance. S’il a remporté 4 titres ATP et est monté 18e mondial, c’est plus pour ses esclandres que Skoff est resté dans les mémoires, lui qui est même parvenu à faire sortir Stefan Edberg de ses gonds. Muster ne lui en a pas moins rendu hommage à son décès, d’un infarctus en 2008, à l’âge de 39 ans : « Son entêtement à me défier a été une source de motivation pour moi. » L’inverse était encore plus vrai.

 

Gilbert Schaller, coupeur de têtes sur terre

Comme Muster et Skoff, Gilbert Schaller est avant tout un terrien. Vainqueur en 1995, à Casablanca de son unique titre ATP, quart de finaliste à Monte-Carlo (1995) et Hambourg (1996), il est un redoutable scalpeur de Tops 10 sur ocre : Sergi Bruguera y passe chez lui, à Barcelone, Michael Stich à Monte-Carlo, Evgueni Kafelnikov et Boris Becker à Hambourg, « Kafel » encore à Estoril, Goran Ivanisevic en Coupe Davis  par BNP Paribas, et puis bien sûr, sa victime la plus célèbre, Pete Sampras au premier tour de Roland-Garros en 1995, en cinq sets. Pas mal pour un joueur qui culmine au 17e rang mondial en carrière et qui, paradoxalement, n’a jamais franchi le second tour à Paris.

 

Stefan Koubek, la tradition du caractère… pour le meilleur et pour le pire

Gunter Bresnik, l’homme qui se targue d’avoir entraîné 27 joueurs passés par le Top 100, est rarement loin quand un Autrichien brille au plus haut niveau : entre Skoff avant-hier et Thiem aujourd’hui, l’ancien coach de Becker, Leconte ou Gulbis s’est longuement occupé de Stefan Koubek. Joueur plutôt talentueux, trois fois titré sur le circuit et brièvement passé par le Top 20, son caractère tempétueux (3 disqualifications en carrière) n’a d’égal que son style vestimentaire douteux, lui qui fait partie des joueurs ayant amené le débardeur dans le tennis – option jaune ou orange, tant qu’à faire. Hautement irrégulier, on se souviendra que son meilleur résultat en Grand Chelem, un quart de finale à l’Open d’Australie 2002, a été obtenu après avoir été mené 0/6 1/6 1/4 et 15-40 au premier tour par Cyril Saulnier !

 

Jürgen Melzer, finesse et polyvalence

Un peu d’élégance après l’ère des brutes. Jürgen Melzer, c’est une patte gauche tout en touché, beaucoup de finesse dans un pays où la tradition tennis s’écrit le plus souvent dans le travail, la sueur, les cris et surtout pas les larmes - évidemment proscrites. Vainqueur de Wimbledon junior en 1999, il a remporté trois tournois du Grand Chelem chez les pros : le double de Wimbledon en 2010, celui de l’US Open en 2011 et le mixte à Wimbledon en 2011. Surtout, il fut demi-finaliste à Roland-Garros en 2010, après avoir éliminé Novak Djokovic en cinq sets en quarts. Melzer a d’ailleurs battu à peu près tout le gratin de son temps : Roger Federer, Rafael Nadal, Djokovic donc, Stan Wawrinka, Marat Safin, sans oublier, plus tôt en carrière, Andre Agassi. Seul Andy Murray manque à son tableau de chasse. À ce jour, il est aussi le dernier homme ayant figuré – simultanément, qui plus est – dans le Top 10 en simple et en double (8e en solo, 6e en binôme).

 

Par Guillaume Willecoq

Article rédigé par

So Press

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