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La finale la plus longue de l'histoire

108 jours. Voilà ce qui sépare le début de la finale du double messieurs du tournoi de Rome 1976 et sa fin. Sachant que si le match a débuté en terre romaine, il s’est conclu sur le sol texan de Houston…

108 jours. Voilà ce qui sépare le début de la finale du double messieurs du tournoi de Rome 1976, disputée entre les paires Newcombe-Masters et Ramirez-Gottfried, et sa fin. Soit la plus longue interruption de match de l'histoire. Sachant que si le match a débuté en terre romaine, il s’est conclu sur le sol texan de Houston…

 

Déjà quatre sets que sur la terre battue de Rome, John Newcombe et Geoff Masters bataillent. Déjà un exploit au vu de la paire qu’ils affrontent en face : Raul Ramirez, le Mexicain, et Brian Gottfried, originaire de Baltimore, sont considérés depuis bien longtemps comme le couple  n°1 sur les courts. Entre Grand Chelem et tournois majeurs, le duo est tout simplement invincible. D’autant plus sur ces terres romaines, où il accède en ce printemps 76 à sa 3e finale consécutive dans l’antre mythique du Foro Italico. Pourtant, Rome ne consacrera pas ses héros. Ou alors, de très loin.

 

Le tableau des scores affiche alors 7-6, 5-7, 6-3, 3-6. Newcombe, dont la trentaine passée laisse à penser à une retraite imminente, tient encore la corde avec son compatriote. Il faut dire que le sympathique australien n’est pas un inconnu dans le tournoi. Titré à 4 reprises avec son partenaire habituel, Tony Roche, Newcombe se plait dans l’ambiance toute particulière de l’arène. Dans ses mémoires, il décrit une rencontre disputée face à la légende locale, Adrian Panatta : « Peu de publics en font comme les Italiens. En termes de bruit, de style, d’amusement et de chauvinisme, ils n’ont que peu d’équivalents. Contre Panatta, la foule criait, sans s’arrêter. Au moment de reprendre, tous les yeux se sont braqués sur moi, qui allait servir. J’ai pris mon temps, et un silence absolu s’est répandu dans le stade. J’ai jeté ma raquette et défié la foule. ‘Eh!, ai-je crié. Et moi alors?’. (…) Ils ont adoré. Il y a immédiatement eu des cris et une reconnaissance de ces Romains avides de drame. Un chanteur d’opéra s’est mis debout, et a commencé un nouveau chant ‘Nem-combe ! New-combe !’ ». 

 

« Nous avons gagné l’Open d’Italie au Texas »

 

Reconnu par Rome, Newcombe voit pourtant l’horizon s’assombrir en ce 30 mai 76. Et à mesure que la nuit tombe, sait que les chances de finir le match sont minces. Malgré les débats sur sa poursuite, il est ainsi convenu que la finale du tournoi n’accouchera pas d’un vainqueur. Mais les organisateurs italiens ont de la suite dans les idées. Pour ne pas laisser le palmarès vide d’une ligne, ceux-ci imaginent une solution : faire disputer le dernier set au Texas, entre deux matches de l'US Professional Championship qui se déroule en septembre. Soit 108 jours après le premier échange.

 

Ainsi, il faut tout déplacer et dégager du temps aux quatre joueurs, tous engagés dans le tournoi. Autant dire, un bordel. Pourtant, le 15 septembre, un créneau est trouvé. Et c’est à 25 kilomètres au nord de Houston, dans le court intérieur du Woodlands Inn, que la plus longue interruption de match de l’histoire prend fin. Visiblement plus acclimatée, la paire Ramirez-Gottfried aligne trois jeux, avant que les Australiens ne leur rendent la pareille. La décision finale viendra du huitième jeu. Newcombe perd son service, et laisse ses adversaires empocher le titre sur le score de 6-3. Plein de fair-play après cette victoire galvaudée, Gottfried déclare : « Nous avons été surpris de débuter aussi fort et nous nous y sommes tenus ensuite. Il n’y avait de toute façon pas le temps d’établir une stratégie, puisqu’il ne restait qu’un set et c’est tout. Newcombe et Masters n’ont pas eu l’occasion de disputer un tournoi depuis l’Italie, et ce n’est sans doute pas juste ». Avant d’ajouter, plein de malice : « Maintenant, nous avons gagné l’Open d’Italie au Texas, et le trophée nous attend dans un lieu à Rome. Sans doute irons-nous là-bas avant la prochaine édition ! ».

 

Deux titres en une semaine

 

Reste qu’entre-temps, Ramirez et Gottfried ne chôment pas. Quelques jours plus tard, le duo s’impose dans l’autre tournoi - le vrai - de Houston, et devront attendre de longs mois avant de récupérer leur dû. Ce n’est qu’en mai 77 que les grands gagnants de ce tournoi inédit seront de retour dans la capitale italienne. Pour brandir la coupe, mais également jouer de la raquette. Résultat, une nouvelle victoire, la 4e consécutive. Qui ne nécessitera cette fois-ci pas de déplacement de milliers de kilomètres pour être célébrée

 

Par Raphaël Gaftarnik

Article rédigé par

So Press

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