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Connors-Vilas, la finale sans fin

Un tournoi, mais pas de vainqueur. Voilà ce dont a accouché le tournoi de Monte-Carlo en 1981. La faute à une pluie diluvienne et à la mauvaise volonté de Connors et Vilas.

Un tournoi, mais pas de vainqueur. Voilà ce dont a accouché le tournoi de Monte-Carlo en 1981. La faute à une pluie diluvienne et à la mauvaise volonté des deux finalistes, Jimmy Connors et Guillermo Vilas. 

 

En ce lundi 20 avril, le Country Club de Monte-Carlo s’est paré de ses plus beaux habits. Des ombrelles aux chapeaux, des petits fours aux rafraichissements, rien n’a été laissé au hasard. Mais si d’ordinaire le soleil avait pris l’habitude de s’inviter pour égayer les mines du gratin monégasque, il a cette fois-ci décidé de déserter. Dommage à la vue de l’affiche, une opposition de style entre « Jimbo » Connors et Guillermo Vilas. Au premier le revers à deux mains, l’insolence. Au second, un lift splendide, et une endurance à toute épreuve dont il donnait lui-même l’ampleur en affirmant « pouvoir rester 7h sur les courts sans se fatiguer ». Dommage surtout au vue de l’enjeu. Car c’est bien une finale que s’apprêtent à disputer les deux hommes.

 

S’il n’est pas un spécialiste de la terre battue -il n’a jusqu’alors jamais remporté un tournoi sur cette surface en Europe- Jimmy Connors témoigne d’un parcours sans faille : il n’a pas concédé un set, que ce soit face à Noah ou même en demi-finale face à Taroczy. Vilas, lui, n’a pas eu autant de facilités. Accroché, notamment par le géant Tchèque Tomas Smid en quart, l’Argentin peut toutefois compter sur son expérience sur terre et dans le tournoi : déjà cinq victoires au compteur. Surtout, les deux hommes ont vu le tableau s’éclaircir dès le premier tour, avec la défaite surprenante de Björn Borg. Si Vilas parait dès lors favori sur la surface ocre, Connors peut toutefois arguer de son avantage dans son duel avec le bonhomme (4 victoires en 7 rencontres). Et entrevoir un combat intense dans cette finale. Une finale qui ne va finalement durer que 55 minutes pour définitivement se perdre dans les méandres des bulletins météo. 

 

Un échange de 75 secondes

 

Avant d’aborder Vilas, Jimbo sait toutefois qu’il va devoir élever son niveau de jeu. Car si les statistiques lui donnent l’avantage, lui estime alors « ne bien jouer que dans les moments importants ». Dès l’entame de la rencontre, Connors s’accroche donc. À la clé, des échanges fleuves, dont un de 75 secondes qui marque le public présent aux abords du terrain : « Nous avons eu beaucoup de longs échanges, et nous avons tous les deux très bien joué ». Jusqu’à 5-4, et le moment choisi par Vilas pour porter l’estocade. 0-15, puis 0-30, suite à la double faute de Jimbo. Pourtant, Connors s’en sort. 5-5, le premier set accouche du spectacle attendu. Mais entre-temps, les pluies diluviennes ont transformé la terre battue en gadoue orangée. Clics et clacs remballés, Vilas et Connors regagnent les vestiaires. Sans savoir que la partie ne reprendra jamais.

 

Car Connors doit déjà s’envoler pour rallier les tournois nord-américains et ne peut s’accorder plus de jours sur la Côte d’Azur. En accord avec l’organisation du tournoi, les deux hommes décident donc de reprendre le match le 7 juin, soit le lendemain de la finale de Roland-Garros. Il n’en sera rien. La faute à Connors, qui arguera qu’il doit se préparer sur herbe en vue du tournoi de Wimbledon pour échapper au replay. Une finale sans vainqueur ? Le règlement se fait particulièrement discret sur la question, puisqu’aucun point n’oblige à terminer la rencontre en cas d’interruption par la pluie. Dès lors, les joueurs se contentent du vide. En glanant chacun les points ATP du finaliste, mais aussi le prize money qui lui est du. Reste que le vide dans les lignes du tournoi, ça fait mauvais genre. Ainsi, le nom de Vilas est inscrit comme celui du vainqueur sans que l’on sache réellement pourquoi, avant que rectification ne soit faite une fois la tromperie découverte par quelques fans avisés. Si Vilas n’a cure de ce titre potentiel passé aux oubliettes, les conséquences restent toutefois plus dommageables pour Jimbo. Car au-delà de l’absence de sacres sur la surface en Europe, Connors a surtout manqué l’occasion de satisfaire à son ego. Lui qui disait avant le tournoi « vouloir inscrire son nom aux côtés des plus grands » en regardant la plaque dédiées aux champions de Monte-Carlo...

 

Par Raphaël Gaftarnik

 

Sources : Archives du Mundo Deportivo et Carnets de balle de Julien Pichené

Article rédigé par

So Press

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