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Le jour où… un 212e au classement ATP a remporté l’Open d’Australie

Édition 1976 de l’Open d’Australie, l’enfant du pays John Newcombe s’incline en finale face son compatriote et triste inconnu Mark Edmondson, 212ème au classement ATP. Depuis, jamais un joueur aussi mal classé n’aura remporté un tournoi de G

Édition 1976 de l’Open d’Australie, l’enfant du pays John Newcombe s’incline en finale face son compatriote et triste inconnu Mark Edmondson, 212ème au classement ATP. Depuis, jamais un joueur aussi mal classé n’aura remporté un tournoi de Grand Chelem. Depuis aussi, plus personne ne s’est pointé sur un court avec un short rouge et un chapeau de cowboy.

 

Il n’y a pas grand-chose de plus capricieux que la météo. En ce 4 janvier 1976, alors qu’en pleine après-midi la température affiche 42 degrés sur Melbourne, d’inattendues bourrasques viennent apporter un vent de fraîcheur. Sur le central de l’Open d’Australie, les deux finalistes sont contraints de poser leur raquette pendant une vingtaine de minutes. À leur retour, le thermomètre chute d’une bonne trentaine de degrés. Pas de quoi perturber le local Mark Edmondson, qui mène deux sets à zéro face à son compatriote John Newcombe. Malgré la perte du troisième set, un jeu parfois brouillon et confus, le premier s’impose finalement en quatre manches et remporte, à 21 ans, le premier Grand Chelem de sa carrière. Un titre et un record : positionné 212e à l’ATP avant le tournoi, Edmondson reste aujourd’hui le joueur le plus mal classé de l’histoire à avoir gagné un tournoi majeur. Il n’avait remporté qu’une seule rencontre en Grand Chelem avant ce coup de maître. C’était un an plus tôt, à Wimbledon. La raison de cet éveil soudain ? « La décontraction », souffle-t-il aujourd’hui sur le site News.com. C’est qu’à aucun moment, l’Australien ne s’est réellement laissé démonter. Ni par l’enjeu, ni par le prestige de ses adversaires, et encore moins par la foule, malgré le succès public de cette édition 1976. À aucun moment, vraiment ? « J’étais tellement ému après ma victoire que je fus incapable de porter la coupe quand on me l’a donnée. J’aurais préféré qu’on m’offre plusieurs bouteilles de champagne à la place, et que je les descende avant… »

 

« Je pense qu’il avait envie de devenir un champion »

 

La décontraction, voire même la désinvolture, sont sans doute les deux qualificatifs qui collent le mieux au personnage. Quart de finaliste à Roland-Garros en 1963, le Français Jean-Claude Barclay en sait quelque chose. « Il fait partie de ces joueurs hippies qui se déplacent en groupe. Il ne se soucie pas de l’élégance et arrive sur le court avec un short rouge et un chapeau de cowboy par exemple, dresse-t-il en 1976 dans Tennis de France. Cet été, il vivait avec deux copains et tous les trois dormaient dans un minibus Wolkswagen ». L’été dont parle Barclay, c’est le début de la grande aventure d’Edmondson. Six mois avant l’Open d’Australie, ce dernier décide de se financer un voyage en Europe en lavant des carreaux dans l’hôpital où travaille sa sœur ou en faisant le vendeur dans une quincaillerie. Le but ? Améliorer son tennis, découvrir les joies de la camaraderie sur les routes du Vieux Continent, mais aussi s’imposer un rythme de sportif de haut niveau. Un vrai, pour la première fois de sa vie. Jean-Claude Barclay : « Je pense qu’il a envie de devenir un champion. Il fallait le voir à l’entrainement à Douai ou à Montana. Il commençait tous les jours à 8 heures du matin et ne se serait jamais arrêté s’il avait eu un cours pour lui toute la journée. Il ne parlait pas un mot de français et comme il était avec ses copains, il ne s’était lié avec aucun joueur. Enfin, comme tous les Australiens qui se respectent, il ne reste pas insensible quand il voit un verre de bière. » Les mois passent et l’Open d’Australie se rapproche. Un retour à la maison est possible, mais s’annonce compliqué. À cette époque, sur le circuit, environ 240 joueurs possèdent des points. Dont Edmondson, 212e au classement, qui en tient onze entre ses mains. Trop peu.

 

Voiturette de golf et opération à la hanche

 

Mais à sa plus grande surprise, une cascade d’abandons lui permet d’être appelé en dernière minute. « Je pense que le grand public ne savait rien à propos de moi », concède-t-il dans Independent. Ses premiers pas vont vite le faire connaître. Exit l’Autrichien Peter Feigl – « un joueur décent », selon Mark - au premier tour, puis un compatriote au deuxième, Phil Dent, contre lequel son jeu de service impressionne. « Vous m’auriez mis une pièce de 50 centimes dans le carré de service que je ne l’aurais jamais loupée. » Viennent ensuite les tours du Néo-zélandais Brian Fairlie – « je ne me souviens plus de ce match » -, ceux de Dick Crealy, de la légende Ken Rosewall, 41 ans au compteur – « la seule fois où j’ai cassé une raquette » - et, donc, de l’illustre John Newcombe. Soit un total de quatre concitoyens battus au cours de cette quinzaine. Belle performance pour un joueur qui ne faisait même pas partie des quinze meilleurs locaux sur la table de marque au départ. Depuis le sacre d’Edmondson en 1976, plus aucun Australien n’a d’ailleurs gagné sur ses terres. Une disette longue de 40 ans. Comment l’expliquer ? Mark ne l’explique pas. Ne veut pas l’expliquer. « Je m’en fiche un peu, tranchait-t-il il y a quelques années, au micro d’un journaliste TV, lors d’une de ses dernières apparitions en tribune à Melbourne. Cela fait trois ans que je n’ai plus touché à une raquette. » La faute à quatre opérations à la hanche subies en douze mois. Désormais, Edmondson, 62 ans, vit autour du golf de la station balnéaire Mona Vale, près de Sydney. Il ne se déplace plus qu’en voiturette. Et se délecte de quelques bains de mer le dimanche grâce à l’une des plus belles plages du monde qui colle le parcours. L’aboutissement de toute une vie ? « Mon objectif quand j’ai commencé le tennis, c’était de jouer assez bien pour voyager dans le monde, rembobine-t-il. Je voulais juste avoir assez d’argent à la fin de carrière pour m’acheter une maison, une piscine et une vue avec un peu de bleu. » Cette fois, la météo devrait le laisser tranquille.

 

Par Victor Le Grand

Article rédigé par

So Press

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