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Le jour où Roger Federer a gagné son premier titre pro à Brest

De 1988 à 2002, Brest avait accueilli un tournoi professionnel de tennis. Particularité : en 1999, il a couronné Roger Federer, qui remportait là son premier titre professionnel en carrière. Récit.

Cette semaine, le tennis de haut niveau fait son retour à Brest, via un tournoi Challenger. De 1988 à 2002 déjà, la cité bretonne avait accueilli un tournoi professionnel de ce niveau. Particularité : en 1999, il a couronné un grand espoir du tennis, n°1 mondial junior l’année précédente, qui remportait là son premier titre professionnel en carrière – le seul en Challenger, avant l’irrésistible envol. Roger Federer bien sûr. Récit.

 

« Allô, ici c’est Roger. » Journaliste au Télégramme de Brest, Ronan Tanguy a marqué un temps d’arrêt en voyant « un numéro bizarre » s’afficher sur son téléphone portable ce jour de décembre 2009, puis en entendant cette voix reconnaissable entre mille pour n’importe quel fan de tennis. Six mois de vaines démarches pour obtenir un entretien avec Roger Federer trouvaient là un aboutissement pour le moins inattendu : après un refus poli mais ferme de la cellule de management du Suisse dès juillet – « Vous comprenez, Roger reçoit tellement de demandes du monde entier » –, puis une promesse d’entretien arrachée à son agent en personne, Tony Godsick, mais tombée à l’eau suite à l’élimination inattendue de l’icône du tennis mondial dès son entrée en lice au Masters 1000 de Paris-Bercy face à Julien Benneteau, il y avait pourtant de quoi « s’être fait une raison » pour le journaliste du quotidien régional breton. Quand ça veut pas…

 

Car le sujet à propos duquel il est sollicité suscite au plus haut point l’intérêt de Roger Federer : il s’agit de revenir sur son tout premier titre professionnel, conquis dix ans plus tôt, au Challenger de Brest. Alors une fois la saison finie, le Masters de Londres dans le rétroviseur, celui qui vient de boucler pour la cinquième fois une année sur le trône de n°1 mondial décroche de lui-même son téléphone et, depuis son lieu de vacances, explique à son interlocuteur du 19, rue Jean-Macé, à Brest, à quel point « ce succès a plus d’importance »  pour lui « qu’il n’en a pour les médias » : «  Les médias oublient vite, malheureusement, surtout avec tous les succès que j'ai eus après. Mais quand même, il a d’abord fallu commencer par les jouer, ces petits tournois... Sur le coup, quand tu gagnes, c'est un très grand moment, que tu gardes pour toujours. C'est presque au début de ta carrière que tu vis les choses les plus dramatiques, parce que tu veux tellement bien faire, tu veux tellement entrer dans le Top 100, tu veux tellement montrer qui tu es, à quel point tu peux bien jouer au tennis... Alors, pour un jeune joueur, gagner un Challenger comme ça, c'est super important. »

 

Inquiété par Lionel Roux

 

Quand il débarque à Brest à la fin 1999, Roger Federer n’est encore qu’un solide espoir du tennis mondial. Ses temps de passage sont bons – 66e mondial, demi-finale à Vienne, quart à Bâle, Rotterdam et Marseille, assortis d’une victoire sur le n°5 mondial Carlos Moya dans ce tournoi – sans être toutefois aussi impressionnants que ceux d’un Lleyton Hewitt ou, un an plus tôt, Marat Safin, autres aspirants champions très attendus. « A son arrivée chez nous, on le connaissait un peu de réputation, oui, se rappelle François Derrien, à l’époque directeur de l’épreuve. Il avait été n°1 mondial junior l’année précédente. On se doutait que c’était un bon, au moins dans la lignée de Pioline, Krajicek ou Kucera, autres joueurs qui s’étaient déjà distingués chez nous précédemment. Après, quand on l’a vu monter en puissance au fil des tours, on a compris que ce n’était pas juste un bon. C’était un phénomène. Dans ce qu’il était capable de produire, au moins par séquences plus ou moins longues, il était au-dessus du lot, au-dessus de tout ce qu’on avait vu auparavant. Et pourtant Henri Leconte aussi est venu chez nous. »

 

Tête de série n°1 en Bretagne – le n°2 est le vétéran suédois Magnus Gustafsson, brièvement passé par le Top 10 en 1991 – Federer débute son tournoi piano, par une petite frayeur face au Français Lionel Roux, 191e à l’ATP (6/3 4/6 6/4). Il ne perdra pas d’autre set de la semaine. En moins de temps qu’il n’en faut au Suisse pour se remémorer dix ans plus tard l’identité de ses victimes – et il a bonne mémoire, énonçant d’une traite quatre d’entre eux ! – Rodolphe Gilbert (6/4 6/3), la wild-card Michaël Llodra (6/3 6/3) et Martin Damm (6/3 7/6) sont tous dominés assez nettement sur la route de la finale. Le dimanche, il s’apprête à faire connaissance avec l’un des plus gros serveurs de son époque, qui lui posera par la suite quelques problèmes alors même que le Bâlois était déjà Top 10, vers 2002-2003 : Max Mirnyi. Mais ce jour-là, le Biélorusse est défait en deux sets (7/6 6/3). « Je me sentais en forme et je me souviens avoir réussi une performance parfaite contre un joueur très dangereux en indoor », souligne le vainqueur de Wimbledon junior l’année précédente. Il remporte là son tout premier tournoi chez les pros, lui qui n’a que peu fréquenté les Futures – « j’en ai fait trois, pour trois défaites en qualifications », se marre-t-il.

 

« Il dégageait la même facilité que Pete Sampras »

 

La balle de match gagnée, il court vers son box partager la victoire avec son entraîneur et formateur Peter Carter, un Australien qui décédera en 2002 dans un accident de voiture. « Je vais rarement, ou jamais en fait, remercier mes coachs après une victoire, précise le recordman de victoires en Grand Chelem au journaliste. Je ne grimpe pas dans les gradins pour embrasser mon entourage. Mais à Brest, j’ai vite couru vers lui. Je lui ai serré la main car ce premier titre, c’était quand même quelque chose de spécial. J’ai voulu le montrer un peu. Peter me connaissait depuis que j’avais 10 ans. On a fait un long chemin ensemble. » Sur cette route qui mène à 17 tournois du Grand Chelem, 6 Masters et autres 302 semaines passées à la première place mondiale, le Challenger de Brest marque un jalon important dans l’aventure tennistique du Suisse. Et pour les gens qui l’ont vu évoluer sur le court cette semaine-là, l’impression visuelle dégagée par le Bâlois ne s’est en rien dissipée sous l’effet du temps : « Je me rappellerai toujours à quel point il était souple, aérien même, lâche François Derrien seize ans plus tard. Cerise sur le gâteau, il était très gentil en-dehors du court, pas présomptueux du tout. Discret, même. C’est sur le terrain qu’il a marqué tout le monde. Avec lui, le tennis paraissait si facile. Il dégageait la même facilité que Pete Sampras. » Mais Sampras, lui, n’aurait sûrement jamais pris sur son temps de vacances pour téléphoner à un journaliste en France et se remémorer avec lui le tout premier triomphe professionnel d’une longue série.

 

Par Guillaume Willecoq

Article rédigé par

So Press

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