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Où est passé le tennis russe ?

Autrefois valeur sûre avec Kafelnikov, Safin puis Davydenko, le tennis masculin russe va mal ces temps-ci, très mal. Visite du malade, avant la tenue de la Kremlin Cup à Moscou.

Aucun joueur dans le top 50, aucun titre depuis plus de deux ans, une équipe de Coupe Davis par BNP Paribas reléguée depuis 2012… Autrefois valeur sûre avec Kafelnikov, Safin puis Davydenko, entre autres, le tennis masculin russe va mal ces temps-ci, très mal. Visite du malade, avant la tenue de la Kremlin Cup à Moscou.

 

Dans la mode comme dans la musique, l’heure serait paraît-il à un retour fracassant aux années 90. Un revival qui semble complètement échapper au monde du tennis, avec les nations fortes de l’époque qui piquent toutes leur crise les unes après les autres. Ce fut le cas de l’Australie avant que n’émerge les temps derniers la nouvelle génération des Kyrgios et Kokkinakis. Ce fut le cas aussi des Etats-Unis, même si le néo-trentenaire John Isner et le jeune Jack Sock entretiennent l’illusion. C’est toujours le cas de la Suède, qui a complètement disparu des écrans radars depuis que Robin Söderling ait été contraint de quitter le circuit. Et c’est le cas aussi ces dernières saisons de la Russie, nation triomphante à l’ATP comme à la WTA et qui aujourd’hui peine à exister comme du temps de sa splendeur. Encore que chez les filles, Maria Sharapova continue de faire jouer les premiers rôles à son pays. Sauf que, la numéro 3 mondiale est actuellement la seule Russe à figurer dans le top 20 mondial. Si la densité de joueuse permet encore à l’équipe nationale de Fed Cup par BNP Paribas de se hisser en finale cette année d’une compétition qu’elle avait gagnée quatre fois entre 2004 et 2008, on est loin de l’époque où le circuit WTA était archi-dominé par les Petrova, Myskina, Kuznetsova, Zvonareva et autres Safina et Dementieva. Quant aux garçons…

 

Qui après Youzhny? 

 

A l’heure actuelle, le premier joueur russe au classement ATP est Teymuraz Gabashvili, honnête soutier de 30 ans qui figure au 57e rang et n’a pas remporté le moindre tournoi sur le circuit. Aucun titre non plus pour le suivant sur la liste, Andrey Kuznetsov, 88e mondial, ni pour le troisième du moment, Evgeny Donskoy, 117e… En fait le seul Russe avec un palmarès est le vieillissant Mikhaïl Youzhny, 33 ans, descendu au 138e rang mondial et dont le dernier titre remonte à octobre 2013 à Valence. Depuis deux ans, il n’a plus rien remporté ni même disputé la moindre finale. Davydenko parti à la retraite en fin de saison dernière, il ne reste actuellement plus rien de la glorieuse armée russe de la petite balle jaune. D’ailleurs, sur le plan collectif, l’équipe de Coupe Davis par BNP Paribas a disparu du World Tour depuis la relégation de 2012 après vingt ans de présence en continu. Clairement aujourd’hui, le tennis russe est en deuxième division, et c’est assez terrible de voir cette nation en pareille souffrance, elle qui a enfanté quelques-uns des plus flamboyants champions de la raquette : Ievgueni Kafelnikov, numéro 1 mondial en 1999, 26 titres à son palmarès dont 2 du Grand Chelem ; Marat Safin, numéro 1 mondial aussi en 2000 et 2001, 15 titres dont 2 du Grand Chelem ; Nikolay Davydenko à la suite, numéro 3 mondial en 2006, 21 titres à l’ATP. Ne pas oublier non plus les Andrei Chesnokov et Alexander Volkov qui avaient fait la transition entre l’URSS et la Russie.  Avec eux et Kafelnikov, il y avait eu deux premières finales de Coupe Davis par BNP Paribas en 1994 et 1995. Puis Kafelnikov avait passé le témoin pour la victoire historique de 2002. En 2006, c’est Safin qui avait joué le rôle du « vieux » pour l’emporter avec Davydenko. L’année suivante, le successeur Youzhny avait échoué en finale avec Tursunov et Andreev. Depuis, c’est le désert de résultats.

 

Le prof de tennis de Boris Elstine

 

Pour en comprendre la raison, il faut d’abord se remémorer la manière dont le tennis russe avait explosé il y a vingt ans. A l’époque de l’Union soviétique, ce sport individuel et « capitaliste » n’était que très modérément apprécié des élites. A la fin de la guerre froide en revanche, ce même sport devient un symbole de réussite sociale, le hobby favori de la nouvelle bourgeoisie. Boris Elstine lui-même en est un grand amateur et il va insuffler une dynamique qui va permettre au tennis de très vite rattraper son retard et de connaître son âge d’or dans la nouvelle Russie. Les jeunes champions ont le choix entre rester au pays ou partir pour intégrer une académie privée, comme ce fut le cas de Marat Safin. Mais l’euphorie ne dure pas. Dans une interview accordée en 2012 au Courrier de Russie, le président de la fédération russe de tennis Chamil Tarpitchev (qui n’est autre que l’ancien entraîneur particulier de Boris Elstine), se montrait déjà pessimiste. « Nos problèmes de formation surviennent quand nos athlètes arrivent à 14 ans, expliquait-il. La formation d’un joueur de 16 ans coûte 200 000 dollars par an. À 14 ans, elle est seulement de 50 000 dollars : toutes les pertes se produisent à cette période. En raison du manque de financement en Russie, 90% des joueurs de tennis doivent arrêter ou courir le monde à la recherche de financements. Maintenant, une quinzaine de nos anciens joueurs représentent d’autres pays. » C’est le cas par exemple des Kazakhs Andrey Golubev et Evgeny Korolev, ou de l’Ouzbek Denis Istomin, tous nés en Russie mais qui ont choisi d’épouser la nationalité d’un pays « satellite ».

 

Safin en politique, Kafelnikov au golf

 

De son côté, Patrice Hagelauer pense que le problème est encore plus profond. « C’est structurel, explique le DTN français. Il manque une volonté politique claire pour mettre en place un vrai programme de détection, de formation et de progression des jeunes par le biais de tournois. C’est la base et ça me semble encore en grand chantier. Je connais bien Tarpitchev et il me semblait pourtant motivé à développer le tennis en Russie mais lui donne-t-on les moyens nécessaires ? Je m’interroge… Il faut aussi que les anciens s’investissent, donnent l’exemple. Un Kafelnikov aurait pu se mettre au service de son pays, au lieu de ça il est parti dans le golf... Safin, qui est investi politiquement, pourrait en revanche peut-être y songer à l’avenir et prendre la suite de Tarpitchev. Ce serait logique. » Un petit motif d’espoir qui s’accompagne d’un autre, car une nouvelle génération talentueuse pointe actuellement le bout de sa raquette. Il y a Karen Khachanov tout d’abord, né en 1996, qui fait ses dents sur les circuits mineurs (3 victoires en Futures et 1 en Challenger en 2015). Surtout, il y a le grand espoir Andrey Rublev, tout juste 18 ans, ancien vainqueur de l’Orange Bowl en 2012 et de Roland-Garros junior l’an passé, auteur d’une première saison encourageante en pro : un tour passé à Miami, deux à Barcelone et une première participation à un Grand Chelem, l’US Open, après être sorti du tournoi de qualification. Ces deux-là ont déjà intégré l’équipe de Coupe Davis par BNP Paribas. Ils sont les promesses de demain. En attendant, il n’y aura aucun Russe tête de série à domicile de la Kremlin Cup de Moscou. Le dernier local qui a remporté ce tournoi est Mikhail Youzhny en 2009.

 

Par Régis Delanoë

Article rédigé par

So Press

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