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Grand Chelem : Serena Williams dans les temps de Steffi Graf ?

A l’US Open, Serena Williams peut réaliser le premier Grand Chelem depuis celui de Steffi Graf en 1988. À quelques jours de ce possible exploit, un petit jeu des comparaisons s’imposait.

Steffi Graf va-t-elle suivre l’US Open de près cette année ? On connait l’enjeu : Serena Williams, vainqueur des trois premiers majeurs de l’année, peut réaliser le premier Grand Chelem depuis celui de Steffi Graf en 1988. Si l’Américaine va au bout, elle comptera également autant de trophées majeurs que l’Allemande sur sa cheminée (22). À quelques jours de ce possible exploit, un petit jeu des comparaisons s’imposait. Celui des différences entre Graf 1988 et Williams 2015.

 

Domination sur le circuit : avantage Graf ?   

 

Exactement comme Graf il y a 27 ans, Williams va débarquer à New York en n’ayant connu que deux fois la défaite de la saison. Mais avec douze sets lâchés sur la route de ses quatre titres, dont une petite moitié à Roland-Garros qu’elle a disputé avec le nez qui coule, la forteresse Serena n’est pas toujours apparue étanche. Fin mai, avant de passer à quelques points d’une victoire qui aurait coulé toute idée de Grand Chelem, la Biélorusse Victoria Azarenka avait mené tranquillement 6/3 4-2. Le genre de frayeurs que l’Allemande n’a pas connu en son temps, puisque seule Martina Navratilova a réussi à lui chiper un set lors des trois premiers majeurs, en finale de Wimbledon. Auparavant, à Paris, Natasha Zvereva n’avait pas tenu plus qu’une demi-heure ! Essorée 6/0 6/0, la Russe est même exemptée de discours lors de la remise des prix, fait unique dans une finale de ce niveau. On dit alors que seul un accident ou une apocalypse peut l’empêcher de gagner. A New York, le célèbre journaliste italien Rino Tommasi propose même sérieusement qu’on retourne à la formule du Challenge Round, et qu’on qualifie directement Graf pour la finale : « Pourquoi doit-elle attendre deux semaines pour se retrouver en finale ? » Plus sérieusement, le seul hic pour Graf en cette année exceptionnelle aura été l’Argentine Gabriela Sabatini, qui l’a dominé deux fois, à Boca Raton en mars, et Amelia Island en avril, et qui lui a encore pris un set en finale de l’US Open, le jour de la dernière marche... Mais le véritable danger aurait en fait pu venir de son berger allemand, qui l’a mordu après sa victoire à Wimbledon (!) et qui a remis ça quand elle revenue de l’hôpital plâtrée. Les morsures étaient sans gravité.

 

Leur place dans l’histoire : le Golden Slam de Graf intouchable ?

 

« Il est stupéfiant que deux joueuses si fortes, si dominatrices, n’aient jamais réussi à faire le Grand Chelem ! », s’étonne Steffi Graf au cours de l’année 1988 en évoquant Chris Evert et Martina Navratilova, dont le règne à deux têtes prend alors brutalement fin. Le grand drame de ces deux championnes, dont Graf n’a fait qu’accélérer la sortie, c’est justement d’avoir dû tout partager. Elles se sont certes magnifiées, mais elles se sont aussi et surtout barrées la route à tour de rôle pendant 15 ans, Martina Navratilova ayant quand même réussi à remporter quatre majeurs de suite sur deux ans, en 1983-1984. Un vrai-faux Grand Chelem dont Graf efface le souvenir quatre ans plus tard, en devenant la troisième joueuse après Maureen Connolly (1953) et Margaret Court (1970) à réaliser « l’authentique » Grand Chelem. Comme si ça n’était pas suffisant, l’Allemande a ajouté une médaille aux Jeux Olympiques de Séoul au tableau, moins d’un mois après New York. En 2015, qui n’est pas une année olympique, le contexte est donc différent pour Williams. Mais ça fait bien longtemps que les grandes rivales de sa carrière (sa sœur Venus, Hingis, Clijsters, Hénin etc…) ont quitté le navire. Ça n’enlève rien bien sûr à l’exploit d’être encore la meilleure à presque 34 ans, mais si Graf avait doublé deux légendes du tennis pour s’installer au sommet en 1988, la Williams de 2015 semble un peu plus seule au monde…

 

Précocité : avantage Graf !

 

L’Allemande a réussi, avant même son vingtième anniversaire, ce que les autres nantis de l’ère Open ont mis parfois une décennie à boucler, son futur mari Andre Agassi par exemple... Graf a 19 ans et 2 mois quand elle fait le Grand Chelem, et cela 5 ans après sa toute première apparition dans un majeur, à Roland-Garros. Serena Williams a plus de 15 ans de circuit, et a donc presque deux fois l’âge qu’avait Graf en 1988. Le Grand Chelem de Williams serait en quelque sorte le pendant crépusculaire de celui de Graf. Quoique. Allez savoir si l’Américaine en est vraiment à la toute fin de sa carrière !

 

Pression : encore pire pour Williams ?

 

« Je l’ai fait et me voilà débarrassé de la pression », avait lancé une Steffi Graf étonnement sobre (pas de pleurs, pas d’explosion de joie intempestive) après sa victoire à New York. Et qui a expliqué cette année à Roland-Garros : « Je n’avais pas comme objectif de faire le Grand Chelem. Mais à partir de Wimbledon, les médias n’ont plus arrêté d’évoquer ça. Ça a atteint son paroxysme à Flushing Meadows. Je n’avais que 19 ans, cela m’a littéralement épuisé. En finale, Gabriela Sabatini m’a donné du fil à retordre et la rencontre a été compliquée. J’étais au point de rupture. À la fin du match, les crampes commençaient à arriver… » Bien qu’encore surprotégé par son père, qui la coupait du monde et l’envoyait au lit à 21 heures, Steffi Graf n’a pu échapper à cette attente qu’elle a elle-même qualifiée de « terrible ». Avant le tournoi, Graf, dont le taux de notoriété dans son pays était alors, parait-il, plus important que celui le chancelier Helmut Kohl, doit poser devant les photographes avec un maillot Grand Chelem floqué à son nom… Serena Williams, qui a refusé d’en parler pendant Wimbledon, devra sans doute boycotter toutes les conférences pendant l’US Open si elle veut vraiment parvenir à éviter le sujet. L’Américaine n’a peut-être pas de souvenirs de 1988, mais sait très bien qu’elle risque de vivre la même chose… en pire ! Williams a déjà prévenu. « Je n’ai pas besoin de faire le Grand Chelem pour avoir réussi ma carrière ». C’est vrai. Mais si elle le fait, on s’en souviendra au moins jusqu’à ce qu’une autre joueuse n’en fasse de même… Autrement dit sans doute très longtemps.

 

Par Julien Pichené

Article rédigé par

So Press

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