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Comment les champions de Roland-Garros gèrent-ils la transition vers Wimbledon ?

Passer de la terre battue rouge à la pelouse verte. Alors que c’est au tour de Stan Wawrinka de s’y essayer, tour d’horizon de la manière dont les champions parisiens ont vécu leur traversée de la Manche.

Du rouge au vert, il n’y a pas que pour le téléspectateur que la transition entre terre et gazon est soudaine, voire brutale. Conquérant des bords de Seine, le vainqueur de Roland-Garros s’expose à bien des naufrages le long de la Tamise. Alors que c’est au tour de Stan Wawrinka de s’y essayer, tour d’horizon de la manière dont les champions parisiens ont vécu leur traversée de la Manche.

 

Ils (s’)échouent rapidement lors des tournois préparatoires à Wimbledon

A peine remis de ses sensations fortes parisiennes, le tout frais champion de Roland-Garros a souvent du mal à perpétuer la dynamique du côté du Queen’s, de Nottingham ou, plus récemment, Halle. Pas plus tard que l’an dernier, Rafael Nadal, tout auréolé de sa 9e coupe des Mousquetaires, avait été battu d’entrée en Allemagne par un drôle de loustic peinant à s’ancrer durablement dans le Top 100, Dustin Brown. Neuf ans plus tôt, ‘Rafa’ avait connu la même mésaventure face à un autre Allemand, Alexander Waske, 147e mondial, qui l’avait là aussi battu dès son entrée en lice à Halle, quelques jours après son premier sacre en Grand chelem. Entretemps, Nadal aura accumulé les quarts au Queen’s (2006, 2007, 2010, 2011) ce qui, pour une tête de série, signifie deux matchs gagnés avant la défaite, le plus souvent face à un spécialiste de l’herbe (respectivement Hewitt, Mahut, Lopez et Tsonga). Son aîné Carlos Moya n’avait pas connu plus de réussite après sa victoire à Roland-Garros en 1998 : débarqué à Halle dans la foulée, il avait pourtant effectué une entrée en lice probante face à l’attaquant français Guillaume Raoux, 35e mondial… pour mieux sombrer ensuite face au n°101 à l’ATP, Henrik Dreekmann ! Et l’infamie ne frappe pas que les Espagnols : en 1984, alors qu’il vient lui aussi d’ouvrir son palmarès en Grand chelem, Ivan Lendl prend la porte d’entrée au Queen’s, sorti par l’Américain Leif Shiras, auteur là du plus grand coup d’éclat de sa carrière. La décennie précédente, Guillermo Vilas (1977, deuxième tour à Nottingham) et Adriano Panatta (1976, premier tour à Nottingham) avaient subi le même type d’avanie. Sans parler d’un certain Björn Borg, battu sur le fil au premier tour à Nottingham en 1974 par le Tchèque Milan Holecek (5/7 6/3 12/10) !

 

Ils ne reprennent qu’à Wimbledon

Gagner un Grand chelem. Le fêter. Savourer. Profiter de l’exposition médiatique. Se reposer. C’est humain. Mais c’est aussi en général une mauvaise idée si l’on nourrit des ambitions à Wimbledon. C’est simple : les vainqueurs de Roland-Garros ayant réussi à briller dans la foulée à Wimbledon sans disputer aucun tournoi de préparation se comptent sur les doigts d’une main. Et autant dire qu’il s’agit des plus grandes légendes du jeu - et des plus grands polyvalents d’entre eux : Roger Federer, en 2009, a par exemple, et pour la seule fois de sa carrière, gommé toute étape intermédiaire sur la route de Wimbledon, lui le recordman de titres à Halle. Ce qui ne l’a pas empêché de triompher sur les courts du All England Club dans la foulée. Dix ans plus tôt, il avait fallu un Pete Sampras de gala pour priver Andre Agassi, en finale, de ce même doublé Roland-Garros – Wimbledon. Contre Boris Becker en 1986 puis Pat Cash en 1987, Ivan Lendl a vu naître sa condition de maudit de Wimbledon, lui aussi battu dans les deux cas sur la dernière marche. Enfin, le roi des rois de la catégorie se nomme Björn Borg, et son triple doublé ‘Roland’ – ‘Wimb’ en 1978, 1979 et 1980, sans aucune mise à jour entretemps du logiciel en vue du passage au gazon. Dire qu’à son époque il ne s’agissait pas d’effectuer de simples ajustements d’une surface à l’autre, mais bien de refondre complètement son jeu, pour passer du lifteur de fond de court parisien au serveur-volleyeur londonien !

 

Pour les autres, ne reprendre qu’à Wimbledon signifie la plupart du temps s’y présenter sans grande ambition : Mats Wilander (1985) ? Sorti sans ménagement au premier tour par Slobodan Zivojinovic, terrible bombardier de son temps taillé pour l’herbe ; Andres Gomez (1990) ? Balayé au premier tour par Jim Grabb, 49e mondial ; Rafael Nadal, la seule fois de sa carrière où il n’aura pas opté pour un galop d’essai (2013) ? Premier tour aussi contre Steve Darcis. Un peu mieux : Jim Courier, troisième tour en 1992 – mais un doux rêve de Grand Chelem calendaire qui se brise sur l’obscur Andrei Olhovskiy ; Michael Chang, huitièmes en 1989 ; Juan Carlos Ferrero, huitièmes en 2003 ; Mats Wilander, quarts en 1988, stoppé par sa bête noire londonienne Pat Cash. Courier encore, quarts en 1991. Dans l’ensemble, le quart est souvent un plafond de verre, surtout dans le tennis du XXe siècle, où le changement de surface s’apparente alors à un grand écart.

 

Ils continuent à tout écraser sur leur passage

Parfois pourtant, un joueur surfe sur une telle dynamique qu’il ne se rend même pas compte que le revêtement sous ses pieds a changé. C’est le cas de Rafael Nadal en 2008. Vainqueur le dimanche d’un Roland-Garros où il a écrasé la concurrence, il remet ça dès le mardi au Queen’s, battant Bjorkman, Nishikori, Karlovic, Roddick et finalement Djokovic pour remporter son premier titre sur herbe… trois semaines avant un second, encore plus prestigieux. Dans le même ordre d’idée, Ilie Nastase avait réussi pareil doublé Roland-Garros et Queen’s en 1973, y ajoutant le tournoi de Rome, à l’époque disputé après les Internationaux de France, dans l’intervalle ! Hommage enfin au stakhanoviste des courts Evgueni Kafelnikov, lequel n’a eu que le temps de sauter dans un avion pour Halle après ses triomphes (simple et double) à Roland-Garros en 1996. Le Russe – futur triple vainqueur en Allemagne – y a alors signé sa toute première finale sur herbe, seulement battu en trois sets par Nicklas Kulti, après avoir notamment sorti en demies Daniel Vacek, son partenaire de double attitré… avec lequel il dispute aussi la finale à Halle ! Soit un total de 22 matchs joués, et 20 gagnés, en trois semaines. Mais lui par contre le paiera dès le premier tour à Wimbledon…

 

Ils boycottent le gazon

Tant qu’à détester le gazon, autant ne pas être hypocrite et rester tranquillement chez soi plutôt que faire la course au prize money. C’est ce que, bien souvent, les terriens purs et durs ont pensé de Wimbledon. Pionnier de l’affront fait au All England Club, régulièrement considéré comme le plus grand tournoi de tennis au monde ? Un Français, évidemment, prophète en son pays en 1983 : essoré par sa victoire à Roland-Garros, Yannick Noah – de toute manière peu inspiré par le gazon malgré son jeu porté vers l’avant – prend plusieurs semaines de pause. Mais la tendance forte naît réellement durant les années 90, accentuée par l’habitude de Wimbledon d’édicter un système de têtes de série défini non pas par le classement ATP, mais sur un potentiel (plus ou moins) présumé sur herbe. Outrés, les terriens ainsi dévalués marquent leur désaccord en passant leur tour : Sergi Bruguera en 1993, puis Thomas Muster en 1995 zappent l’intégralité de la saison de gazon, tout comme Gustavo Kuerten en 2001, année où la fronde se généralise à la quasi-totalité des joueurs hispaniques et latino-américains. Albert Costa en 2002 et Gaston Gaudio en 2004 en font encore de même. Ils sont les derniers en date à ce jour. Depuis, Wimbledon a pondéré sa méthode de calcul tandis que les conditions de jeu ralenties ont permis à (presque) tout le monde de s’illustrer sur gazon. Avec aussi, à partir de cette année, une semaine de plus entre les deux tournois du Grand Chelem, le doublé Roland-Garros – Wimbledon n’a jamais autant été à portée de raquette que pour les champions actuels.

 

Par Guillaume Willecoq

Article rédigé par

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