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Voir Rome… et mourir

En 1989, à Monte-Carlo puis Rome, gagnait coup sur coup un certain Alberto Mancini. Avant de disparaître quasiment aussi vite qu'il était arrivé. En cause ? L’argent et la fête, forcément.

Dans la catégorie « On me prédestinait à une grosse carrière, on me voyait même gagner Roland-Garros, mais j’ai finalement explosé en vol », Alberto Mancini a une place de choix. Vainqueur à Rome en 1989 quelques jours après avoir triomphé à Monte-Carlo, l’Argentin s’est rapidement brûlé les ailes. En cause ?  L’argent et la fête, forcément.

 

Un coup d’œil au palmarès du tournoi de Rome suffit à se rendre compte qu’il n’y a que des numéros 1 mondiaux (Björn Borg, Ivan Lendl, Rafael Nadal, Novak Djokovic etc…), des vainqueurs ou finalistes de Roland-Garros (Yannick Noah, Andres Gomez, Magnus Norman etc…), ou, au pire du pire, de robustes gaillards ayant empilé plus d’un demi-millier de matches en carrière (Jimmy Arias, Felix Mantilla etc…). Il n’y a qu’une exception, et une seule, pour confirmer la règle : Alberto Mancini, lauréat en 1989 et monté à la 8è place l’automne suivant.

 

Cette année-là, la gueule de mauvais garçon de Mancini est le grand tube du printemps. Il faut dire que lors de ce dernier printemps des années 80, la bombe Alberto Mancini explose coup sur coup à Monte-Carlo et à Rome. Le bruit est d’autant plus fort que celui qui a commencé l’année à la 49è place mondiale enrhume en finale les deux joueurs les plus violents du moment, Boris Becker et Andre Agassi. Le 21 mai 1989, à Rome, au lendemain de son vingtième anniversaire, Mancini sauve une balle de match au quatrième set contre l’Américain, avant de le mettre K.O au cinquième round, 6-1. Agassi quitte l’Italie sonné. Incroyable mais vrai, il a trouvé plus musclé que lui et semblait encore s’en émouvoir vingt ans plus tard dans son autobiographie : « Il a des jambes comme des troncs d’arbre. Il envoie la balle avec une pression terrible, une force, un mouvement de tornade, elle percute votre raquette comme si c’était une balle magique. » Quelques semaines plus tôt, Mats Wilander, rayé du tableau en deux petits sets sur le Rocher, confesse n’avoir jamais vu de joueur tancer aussi fort des deux côtés !

 

« Il a simplement fait la fête »

 

Les éloges pleuvent alors de toute part. Mancini serait l’héritier de Guillermo Vilas, son idole de jeunesse. Quelque part entre Popeye et Marlon Brando, Mancini aurait quelque chose de son célèbre homonyme boxeur. Son coach et mentor Francesco Mastelli, celui qui lui a fait choisir le tennis plutôt que le rugby quand il n’avait encore jamais quitté son Rosario natal, aurait de l’or entre les mains ! Forcément, Alberto Mancini est annoncé comme le futur parrain de Roland-Garros. Sauf qu’à Paris, le film s’arrête en quart de finale, le puncheur argentin se faisant moucher par les attaques à outrance de Stefan Edberg. C’était déjà le début de la fin. « En deux semaines, Alberto avait gagné 500 000 dollars. A vingt ans, avec un tempérament latin... Il a simplement fait la fête. » Telle est l’explication donnée au journal L’Equipe par un confrère argentin resté anonyme.

 

En 1990, c’est la chute. Elle est vertigineuse. Henri Leconte le ridiculise à Monte-Carlo et Andreï Chesnokov l’endort à Rome. A peine arrivé, victime de son succès et de ses excès, le voilà qui quitte déjà le top 100. On lui prête alors tous les péchés du monde. Des rumeurs, jamais vraiment avérées, prétendent qu’il a mis son nez dans la drogue. Déjà « has-never-been » à 21 ans, Mancini revient du diable vauvert avec un nouveau coach. Le mental neuf mais le visage encore plus marqué, l’Argentin retourne en finale à Rome en 1991 et atteint celle de Key Biscayne en 1992 après un match dantesque, au passage, face à Boris Becker. Alejandro Gattiker, le successeur de Francesco Mastelli, affirme que l’objectif est clairement de gagner à Paris.  Il s’y fera réduire en miette en seizième par le nouveau boss de la terre, Jim Courier. Conscient de ne plus être vu comme un loup blanc, Mancini voit aussi son corps dire stop après ce bref come-back. « Je veux changer de vie. Je ne trouve plus le même plaisir et la même motivation », dit-il durant l’été 1994. Le rideau tombe avant même son 25è anniversaire.  

 

Coria, nandrolone et Coupe Davis

 

N’ayant pu gagner Roland-Garros, Alberto Mancini tentera de le faire dans une autre vie, celle d’entraîneur. Mais là aussi, le rendez-vous est manqué : Guillermo Coria, soupçonné de dopage à la nandrolone, met fin à leur relation six mois avant sa fameuse défaite en finale à Paris. Reconverti ensuite capitaine de l’équipe argentine de Coupe Davis par BNP Paribas, Mancini emmènera deux fois la bande à David Nalbandian en finale. Personne n’imaginait qu’ils perdraient la deuxième, en 2008, face à une Espagne privée de Rafael Nadal. Au fil des années, la silhouette s’est enveloppée, les cheveux se sont envolés, mais la carrière de Mancini s’est poursuivi sur le même credo, celui du colosse butant à chaque fois au pied de la montagne.

 

Par Julien Pichené

Article rédigé par

So Press

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