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Top 10 : service express

Qu’on les appelle bombardiers, serveurs-fous, « acemen » ou tout autre qualificatif évocateur, voyage à la rencontre des « tueurs » de l’engagement, plus fines gâchettes à un coup (de raquette).

« Il aime jouer tout seul. » C’est par cette expression que les joueurs ont coutume de désigner ceux d’entre eux pour qui l’échange est une hérésie. Qu’on les appelle bombardiers, serveurs-fous, « acemen » ou tout autre qualificatif évocateur, voyage à la rencontre des « tueurs » de l’engagement, plus fines gâchettes à un coup (de raquette).

 

Ricardo « Pancho » Gonzales

 

« Si le sort de la Terre était en question, l'homme que vous voudriez voir servir pour sauver l'humanité serait Ricardo Alonso González », titra Sports Illustrated en l’élisant parmi les 15 plus grands sportifs du XXe siècle. Si Bill Tilden ou Ellsworth Vines étaient déjà connus précédemment pour l’excellence de leur engagement, Pancho Gonzales est communément considéré comme le premier pour qui marquer un point sans que l’autre renvoie la balle, voire même la touche, fut une finalité en soi. Premier aussi à pouvoir titiller les 200km/h, « c’est son service qui décidait du sort d’un match, se souvient Tony Trabert, l’un de ses grands rivaux. Nous étions plusieurs à avoir des coups de fond de court dans l’ensemble meilleurs que les siens, mais son service était tellement exceptionnel qu’on ne grappillait qu’une poignée de points dessus. C’est comme ça qu’il faisait la différence sur la distance. »

 

 

Roscoe « The rocket » Tanner

 

« De mon temps, le service était une mise en jeu. Aujourd’hui, il est devenu une mise à mort. » Quand il a jugé par ces mots l’évolution du service durant les années 1970, le Mousquetaire Jean Borotra avait sans doute en tête l’Américain Roscoe Tanner. Gaucher, doté d’un avant-bras surpuissant, il hérite du surnom auparavant réservé à Rod Laver, « Rocket ». S’il n’a pas le génie du rouquin du Queensland, le vainqueur de l’Open d’Australie 1977 possède en revanche le même bras surdéveloppé… et surpuissant : évoluant pourtant à l’époque des raquettes en bois, il établit en 1978 un fabuleux record de vitesse au service, 246km/h, qui tiendra un quart de siècle, jusqu’à l’avènement d’Andy Roddick.

 

 

Boris « Boum-Boum » Becker

 

Aces en carrière (4436), réussite en première balle (79%) ou jeux de service remportés (86%), ne cherchez pas plus loin : si les catégories statistiques liées au service sont trustées par des joueurs du XXIe siècle ou des années 1990 – évolution du matériel oblige –, Boris Becker se pose systématiquement en fer de lance des générations précédentes. Son armé de service épuré – un simple mouvement de balancier de la balle et de la raquette, geste accentué au fil des années – a marqué des générations entières tant le service de Becker a redéfini en son temps les normes de la puissance.

 

 

« Pistol Pete » Sampras

 

Dans une décennie 90 riche en canonniers d’envergure, Pete Sampras n’était pas à proprement parler celui qui servait le plus vite ou le plus fort. Mais « Pistol Pete » avait deux cartouches personnalisées : d’abord, une explosivité unique lui permettant de ne marquer aucun temps d’arrêt entre la fin de son service et sa ruée vers le filet : un petit gain de temps aux grandes conséquences puisqu’il négociait alors sa volée dans d’excellentes conditions. Ensuite, sa seconde balle. Pour être précis, Sampras n’avait pas de deuxième balle : il avait une deuxième chance en première. Explication : « J’ai toujours appliqué une stratégie de prise de risques en deuxième balle, quitte à commettre des doubles fautes. Mais sur la longueur d’un match, j’y gagnais plus de points que je n’en perdais. » Pour cela, l’Américain ajoutait à sa sûreté technique un paramètre indispensable : un sang-froid exceptionnel. Le petit « plus » qui lui permit si souvent de faire la différence face au sanguin Goran Ivanisevic à Wimbledon…

 

 

Goran « Aceman » Ivanisevic

 

… Mais sur l’efficacité pure, s’il ne devait en rester qu’un, ce serait probablement lui. La plupart des records d’aces sont sa propriété : 10 183 sur l’ensemble de sa carrière (seul à ce jour ayant passé le cap des 10 000), 1477 sur une seule année (1996) et 213 sur un seul tournoi (Wimbledon 2001). Son contemporain Marc Rosset, pourtant pas un manche dans le déroulé d’épaule, explique : « En termes d’aces et de capacité à tuer le point dès le premier coup de raquette, le plus chiant de tous, c’était bien Goran. Quand il était réglé, ça tombait de haut, et ça tombait vite. C’était un cauchemar. Il était gaucher, avait une gestuelle avec laquelle il ne livrait pas d’indices sur ses zones… Sans compter tout ce que ce style de jeu pouvait avoir de frustrant pour le relanceur au fil du match. Pour moi, c’était le pire de tous. Avec lui, c’était ‘pan’, et terminé. Fini. Même pas besoin de volée derrière. »

 

 

Andy « A-Rod » Roddick

 

Une révolution. Quand il a débarqué sur le Tour, au début des années 2000, Andy Roddick a amené une violence dans le service que même les Ivanisevic, Rusedski ou Philippoussis, références du moment, n’approchaient pas. Roddick a été le premier à servir régulièrement à plus de 230km/h, frisant même à plusieurs reprises le cap symbolique des 250km/h (record à 249,4km/h en 2004). Surtout, et malgré un armé peu académique, l’Américain figure parmi les rares adeptes du « tout pour la puissance au service » ayant évité les blessures graves à l’épaule au fil de sa carrière. Bref, un modèle de geste naturel, rappelant à quel point, plus que tout autre, le service est en grande partie inné.

 

 

Wayne « The unbreakable » Arthurs

 

« Le meilleur serveur que j’ai croisé », dixit Andre Agassi. « Techniquement, c’est le serveur ultime », renchérit Jim Courier. Contrairement à la plupart des autres chasseurs d’aces en série, Wayne Arthurs ne présente pas une morphologie hors normes. Encore assez loin du double mètre (1,90m), pas particulièrement massif (80kg), Arthurs est élancé, presque fluet. Mais peu importe la taille ou le poids : son service de gaucher est fulgurant et, surtout, illisible. Vitesse, angles et capacité à masquer ses zones, l’Australien maîtrise absolument toutes les caractéristiques d’un engagement parfait. Avec 4375 aces en seulement 278 matchs, sa moyenne en carrière de 16 aces par rencontre le place sur les talons des géants Karlovic et Isner.

 

 

 

 

« Doctor Ivo » Karlovic

 

Un armé un peu voûté, avant une détente interminable renvoyant le service à la dimension de vulgaire smash : désavantagé par ses 2,11m en termes de mobilité, Ivo Karlovic a trouvé dans ses grands segments une arme fatale à l’engagement : plus on est grand, plus on peut trouver d’angles au service. Et puisqu’il est le plus grand jamais recensé à l’ATP… A ce jour, le Croate facture 9393 aces en carrière, soit le deuxième total derrière son aîné Goran Ivanisevic… mais en seulement 500 matchs, pour une effarante moyenne en carrière de 18,4 aces par match ! En outre, autant par choix que par nécessité (sa faiblesse à l’échange est criante), Karlovic applique souvent la recette de la prise de risques en seconde balle chère à Pete Sampras… avec moins de brio, heureusement pour ses adversaires. En 500 matchs, il n’est rentré qu’une seule fois au vestiaire sans avoir inscrit le moindre ace : c’était contre Gaël Monfils, à Monte-Carlo en 2008.

 

 

« Big John » Isner

 

Comme beaucoup de géants, John Isner déplace sa lourde carcasse avec une forme d’indolence. Cette trompeuse apparence de mollesse se retrouve jusqu’à l’armé de service de l’Américain… juste avant que ne s’abatte la foudre. Plus encore que sa première balle – éminemment redoutable, il va de soi – on retiendra chez Isner sa seconde, véritable signature : capable de générer un kick hors normes, il n’est pas rare de voir le relanceur se faire lober après le rebond, tant la balle gicle. Cette particularité fait de lui un joueur finalement plus à l’aise sur des surfaces abrasives (dur lent voire même terre battue), où l’effet du kick est maximal, plutôt que sur des surfaces très rapides. Elle lui vaut aussi de figurer sur le podium de l’ère Open des joueurs les plus efficaces en seconde balle, juste derrière Rafael Nadal et Roger Federer, et devant Andy Roddick et Novak Djokovic. Rien que ça.

 

 

Sam « The Navanderra Express » Groth

 

L’invité surprise de ce tour d’horizon. Le monde du tennis a découvert Samuel Groth en mai 2012. Jusque-là passé sous les radars alors qu’il a déjà 24 ans, ce colosse australien (1,93m pour 98kg) claque un ahurissant premier service chronométré à 263km/h à l’occasion du Challenger de Busan, soit 13km/h de plus que le record établi quelques mois plus tôt par Ivo Karlovic ! Depuis, il ne cesse d’améliorer ses statistiques au service : en 13 matchs disputés en 2015, il facture déjà 203 aces, soit près de 16 par rencontre. Ce qui ne l’empêche pas de plafonner au 69e rang mondial. La preuve vivante qu’un gros service ne fait pas tout.

 

 

Et aussi :

 

Bob Falkenburg, Jack Schroeder, Mike Sangster, Colin Dibley, Chip Hooper, Steve Denton, Kevin Curren, Slobodan Zivojinovic, Marc Rosset, Richard Krajicek, Greg Rusedski, Mark Philippoussis, Ivan Ljubicic, Taylor Dent, Joachim Johansson, Milos Raonic, Albano Olivetti, Jerzy Janowicz…

 

Par Guillaume Willecoq

Article rédigé par

So Press

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