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Roscoe Tanner, le bon, la brute et le truand

Il a gagné l’Open d’Australie, a été finaliste de Wimbledon, s’est hissé au 4e rang mondial, a battu tous les champions de son époque. L’histoire de Roscoe Tanner est pourtant celle d’un type qui termine mal…

Il a gagné l’Open d’Australie, a été finaliste de Wimbledon, s’est hissé au 4e rang mondial, a battu tous les champions de son époque et est souvent présenté comme le précurseur du tennis moderne. Avec un tel CV, Roscoe Tanner aurait dû profiter d’une paisible vie de retraité, au lieu de quoi il accumule les arrestations pour de multiples petits délits. L’histoire d’une interminable chute, après avoir tutoyé les étoiles.

 

Il y a d’abord le bon Roscoe Tanner, playboy au sourire charmeur, figure du tennis universitaire américain avant de passer pro en 1972, à 21 ans, diplôme de science politique en poche. Sur le circuit ATP, il inscrit tous les champions de son époque à son tableau de chasse : Borg (l’adversaire de ses plus belles joutes), Vilas, Connors, Ashe, McEnroe, Lendl, Stan Smith… A son palmarès, 16 titres en simple, dont l’Open d’Australie en 1977, ainsi qu’une finale à Wimbledon deux ans plus tard. Finale perdue face à Björn Borg à l’issue d’un combat homérique disputé en cinq sets. Deux mois plus tard, il prend sa revanche sur le Suédois en quart de finale de l’US Open, avant de s’incliner en demie face à son compatriote Vitas Gerulaitis malgré deux sets d’avance. Dans son autobiographie rédigée bien des années plus tard, Double Fault: My Rise And Fall, And My Road Back, il écrira que cet US Open de 1979 a constitué à la fois le pic de sa carrière – le quart de finale contre Borg – et le symbole de sa déchéance à venir – l’incompréhensible défaite face à Gerulaitis. Il remporte ses derniers tournois lors de la saison 1981 puis se retire définitivement du circuit quatre ans plus tard, diminué par les blessures.

 

 

« The rocket »

 

La brute Roscoe Tanner ensuite, pour son style de jeu, révolutionnaire à l’époque, qui préfigure le tennis moderne. Un jeu tout en puissance avec un service main gauche dévastateur. A l’ère des raquettes en bois, il lance la balle à largement plus de 200 km/h. Au tournoi de Palm Springs en 1978, un de ses services est même chronométré à 246 km/h, un record seulement battu 26 ans plus tard par Andy Roddick lors d’un match de Coupe Davis par BNP Paribas. Et si le filet vient gêner la trajectoire, gare ! Par deux fois la puissance des balles envoyées par l’Américain brise le cadre métallique retenant le filet, ce qui n’était jamais arrivé avant lui et ce qui n’arrivera jamais plus après. Un vrai plus que Roscoe Tanner doit à son corps charpenté, massif, musculeux. Son surnom : « the rocket », parfait symbole de ce style d’artilleur offensif, toujours prêt à monter au filet pour abréger l’échange et qui se sera forgé un palmarès essentiellement sur surface rapide. Au début des années 80, une fatale blessure au coude gauche amorce le déclin de Tanner la terreur. Contraint de subir une opération, il ne servira ensuite plus jamais comme avant.

 

Impayés et délits de fuite, ses nouvelles spécialités

 

C’est une fois les raquettes remisées au placard que débarque le truand Roscoe Tanner. Les premiers ennuis judiciaires apparaissent une dizaine d’années après sa retraite sportive, au milieu des années 90. Une ex-maîtresse lui demande une pension alimentaire pour élever un enfant qu’ils ont eu ensemble. Tanner accepte dans un premier temps mais ne s’acquitte pas des sommes dues et l’affaire est portée devant la justice. L’ex-champion est prié de verser la somme de 500 000 dollars. En 2003, il réapparait à la rubrique faits divers lorsqu’il est arrêté en Allemagne, accusé de ne toujours pas payer la pension alimentaire et d’avoir multiplié les chèques sans provision pour tenter notamment d’acheter un yacht en Floride. Extradé, il est condamné à deux ans de prison ferme mais est libéré après seulement un an pour bonne conduite. Tanner n’a pas pour autant retenu la leçon et continue ensuite de faire n’importe quoi : chèques sans provision, loyers non versés… Les impayés et les délits de fuite deviennent les nouvelles spécialités de l’ancien serveur-volleyeur, engagé dans une spirale infernale dont il ne semble plus capable de s’extraire.

 

Trophées vendus pour régler ses dettes

 

« Je sais que j’ai déçu tout le monde, reconnaît-il dans une rare interview accordée au New York Times en 2012. Je n’ai pas représenté le sport de la manière dont j’aurais dû. Tous ces problèmes que j’ai eus, toutes ces choses que j’ai faites… Je n’ai pas à en être fier. » Un accès de lucidité qui n’empêche pas ce fils de bonne famille, ancienne figure de la prestigieuse université de Stanford, de continuer à se faire arrêter régulièrement pour des petits délits. Il vit aujourd’hui avec sa troisième femme, Margaret. La précédente, Charlotte, a vendu la plupart de ses trophées, dont celui conquis à l’Open d’Australie en 1977, pour se faire rembourser une partie de la somme qu’elle réclamait en vain à son ex-mari. Son ancien partenaire de double Stan Smith l’a un temps aidé en lui trouvant un emploi en Floride, une affaire qui a tourné court. « C’était un super gars qui est devenu un escroc, reconnaissait amèrement Anand Amritraj, un autre ancien champion de tennis de son époque, interrogé aussi par le New York Times . Tout le monde l’aimait mais il a toujours eu des problèmes avec l’argent et les femmes. Et pourtant, s’il m’appelait encore aujourd’hui pour me demander d’aller prendre un verre, j’accepterais avec grand plaisir. » En revanche, ce n’est pas Tanner qui règlerait la note…

 

Par Régis Delanoë

Article rédigé par

So Press

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