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Le jour où… les sœurs Williams ont décidé de boycotter Indian Wells

La vraie vedette du BNP Paribas Open d’Indian Wells cette année sera Serena Williams. L’Américaine fait son retour après plus de 14 ans de boycott, estimant y avoir été victime de racisme de la part du public. Rappel des faits.

Bien sûr, il y aura le nouvel épisode de la guerre des étoiles entre Federer, Djokovic et Nadal, qui représente à eux trois dix des onze dernières éditions du tournoi. Mais la vraie vedette du BNP Paribas Open d’Indian Wells cette année sera Serena Williams : l’Américaine aux 19 titres du Grand Chelem fait son retour dans une épreuve qu’elle boycottait depuis 2001, estimant y avoir été victime de racisme de la part du public. Rappel des faits.

 

« Ces fausses allégations et ces relents racistes m’ont tellement fait mal, à moi, à ma famille, à ma sœur Venus. Cela m’a hantée longtemps. Il m’a été difficile d’oublier ces longues heures passées à pleurer dans les vestiaires après la finale. J’avais gagné sur le court mais j’avais la sensation d’avoir perdu le plus grand match de ma vie : une lutte pour l’égalité. Aujourd'hui, je n'ai plus rien à prouver. Je joue pour l'amour du jeu. C'est avec cet amour et le sens du pardon en tête que je retournerai avec fierté dans ce tournoi, qui m'a marqué mais que j'ai marqué aussi. Ensemble, on a une chance d'écrire une autre histoire. » C’est par ces mots que la meilleure joueuse mondiale a annoncé son retour au BNP Paribas Open cette année, quatorze ans après sa dernière apparition dans un tournoi où elle avait alors triomphé. Mais derrière le titre, son deuxième en trois participations, il y avait « le moment qui a fait honte à l’Amérique », comme le nomma son père Richard : en finale, toute la famille Williams a été copieusement sifflée par le public, suite au succès par forfait de Serena sur sa sœur Venus en demi-finale.

 

En 2001, la croyance est en effet solidement répandue sur le circuit que le patriarche ferait la pluie et le beau temps lors des matchs opposant ses filles, décidant en amont laquelle des deux doit l’emporter. Après sa défaite face à Venus en quart de finale, même Elena Dementieva, pourtant réputée pour son fair-play, émet des doutes à propos du match à venir entre les frangines : « Je ne sais pas ce que Richard en pense. Je crois qu’il décidera qui doit gagner demain. » Et d’enfoncer le clou lorsqu’un journaliste insiste pour savoir si elle pense que les résultats sont arrangés par décision familiale : « Oui, c’est mon impression. Il suffit de se rappeler ce qui s’est passé l’année où elles se sont jouées en finale à Miami… Pour ceux qui ont vu ce match, c’était très drôle. »

 

Sifflets, vigiles et bras d’honneur

 

Alors lorsque Venus déclare forfait pour la demi-finale « 100% Williams » cinq minutes avant le début de la partie – le règlement oblige théoriquement à prévenir les organisateurs une demi-heure avant, afin de pouvoir bouleverser la programmation – la machine à rumeurs s’emballe en même temps que la frustration gagne les gradins déjà remplis. Le motif officiel, une tendinite au genou, ne calme personne. Même Charlie Pasarell, directeur du tournoi, a du mal à avaler la pilule : « J’aurais préféré que Venus se présente sur le court et essaie durant quelques jeux. Tout ça fait du mal au tennis en général, pas seulement à notre tournoi. »

 

Et tant pis si l’examen des enjeux de la rencontre suffit à démontrer à quel point un éventuel arbitrage familial aurait eu peu de chances d’aller dans le sens de Serena. Car en ce printemps 2001, la star de la famille, c’est Venus. L’aînée des Williams n’est plus très loin de devenir numéro 1 mondiale, suite à un deuxième semestre 2000 phénoménal, riche de victoires à Wimbledon, à l’US Open et aux Jeux olympiques de Sydney. Mais il est trop tard, le ver est dans le fruit : quand Serena Williams se présente sur le terrain le samedi pour la finale contre Kim Clijsters, le public californien a tranché en faveur de la théorie du complot.

 

A l’apparition de Venus et de son père dans leur box durant l’échauffement, une bordée de sifflets s’élève, chose très inhabituelle pour un stade de tennis… et à plus forte raison pour le public réputé « cool » d’Indian Wells. Bien d’autres suivront tout au long du match, lors des changements de côté ou en fins de sets. Stoïques, père et fille affrontent la bronca plutôt que de l’esquiver. Richard Williams y répond même par la provocation en se levant et en brandissant son poing levé en direction des tribunes ! Quelques minutes plus tard, un vigile spécialement dédié à leur protection vient prendre place à l’entrée du box…

 

« Il y a encore un problème de racisme aux Etats-Unis »

 

Côté court, les 16000 spectateurs prennent fait et cause pour Kim Clijsters. Ce qui n’empêche pas Serena de l’emporter en trois manches (4/6 6/4 6/2). Sifflée durant la remise des prix, l’Américaine fait cependant bonne figure en conférence de presse : « J’aurai un titre à défendre ici l’an prochain. Alors oui, vous m’y reverrez probablement, malgré ce qui s’est passé. » Elle changera bientôt d’avis, la famille réunie parvenant à la conclusion que les sifflets essuyés sont bel et bien une manifestation de racisme. Car tandis que les organisateurs, les officiels de la WTA et les journalistes sont unanimes à affirmer qu’aucune insulte n’est descendue des tribunes, Richard Williams, lui, assure avoir entendu des « Négro, négro » et même un « Si par chance on était encore en 1975, on t’aurait écorché vif » sur le chemin de sa loge.

 

Engagées à Miami la semaine suivante – Venus va d’ailleurs gagner le tournoi –, les deux sœurs refusent quant à elles de s’épancher sur l’épisode. Mais leurs certitudes annoncent en creux le boycott à venir : « J’ai entendu ce que j’ai entendu, et vous le savez aussi bien que moi », martèle Venus, mystérieuse. Quant à Serena, elle opte pour une mise en perspective : « Vous savez, il n’y a pas si longtemps que les Noirs ne sont plus réduits en esclavage, et certaines personnes ont encore un peu de mal avec ça. Je ne sais pas si ma couleur de peau a quelque chose à voir avec ce qui s’est passé à Indian Wells. Mais de manière générale, oui, il y a encore un problème de racisme aux Etats-Unis. »

 

Alors racisme, pas racisme ? Individuellement, peut-être. Mais en ce qui concerne l’effet de groupe, les Williams paient plus sûrement leur caractère réputé hautain, un brin dédaigneux, les autres joueuses pointant régulièrement du doigt un clan où personne ne dit jamais bonjour, n’adresse jamais un sourire, voire même un regard. Les deux sœurs ont adouci cette attitude avec le temps mais, quatorze ans plus tard, le sujet Indian Wells reste sensible : si Serena a décidé d’y faire son grand retour en 2015, ce sera une fois encore sans Venus. Reste que quand on connaît la relation forte les unissant, le retour de la cadette annonce sans doute celui de l’aînée avant la fin de sa carrière. Si les retrouvailles se passent bien cette année, bien sûr.

 

Par Guillaume Willecoq

Article rédigé par

So Press

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