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Open d’Australie : le jour où le tennis s’est assagi

Le 21 janvier 1990, il y a pile 25 ans, John McEnroe se faisait renvoyer de l’Open d’Australie pour avoir insulté le superviseur. WAT MAG vous raconte pourquoi ce jour a marqué la fin d’une époque.

Le 21 janvier 1990, il y a pile 25 ans, John McEnroe se faisait renvoyer de l’Open d’Australie pour avoir insulté le superviseur, et marquait du même coup la fin d’une époque. Comme si depuis ce jour-là, la planète tennis s’était mise à tourner dans l’autre sens.

 

Les autorités du tennis peuvent se réjouir. Avec moins d’une disqualification par an en moyenne depuis le début du siècle : les joueurs de tennis sont (re)devenus très sages.  Lors des chaudes années Nastase/Connors (8 disqualifications à eux deux), cette moyenne était bien plus haute et elle l’aurait été davantage si John McEnroe n’était pas toujours miraculeusement passé à travers les mailles du filet. Miraculeusement ? « Les directeurs de tournoi ont besoin de lui, alors on lui laisse faire tout ce qu’il veut », avait un jour argumenté son collègue tchèque Tomas Smid, témoin et victime à de multiples reprises de ses fameux écarts de conduite. La légende retiendra que l’Américain d’origine irlandaise a réussi l’exploit de cracher sur une spectatrice (Boston 1978), de faire un bras d’honneur au public new-yorkais (US Open 1979),  ou même  de conseiller à l’arbitre d’utiliser son micro en suppositoire (US Open 1987) sans jamais se faire pincer par la patrouille. Un indéniable sens du spectacle d’un côté, mais un très mauvais exemple de l’autre. Alors que faire ?

 

« Les insultes étaient trop graves ! »

 

C’est en 1990 que se noue un début de réponse. Le changement de décennie a clairement et symboliquement marqué une rupture avec des seventies et eighties trop permissives : le circuit pro vient de faire peau neuve en devenant l’ATP Tour et pour ses dirigeants, il n’est plus question de laisser la discipline renvoyer une mauvaise image. Hasard ou fatalité, c’est le principal incitateur du renforcement du code de conduite, John McEnroe himself, qui a servi de cobaye. Dès le 21 janvier, l’ex-numéro 1 mondial - en mode sioux avec son visage badigeonné de crème solaire - a la mauvaise idée de lâcher ses nerfs sur le superviseur de l’Open d’Australie. Appelé à la rescousse pour tenter de calmer la bête qui vient de prendre un avertissement pour intimidation envers un juge de ligne et un point de pénalité pour jet de raquette, Ken Farrar en prend pour son grade. « Les insultes étaient trop graves. On ne m’a jamais injurié de la sorte sur un court de tennis. Ni jamais en dehors d’ailleurs ! ». Ces mots doux qui jadis n’auraient peut-être même pas fait sourciller un Patrick Flodrops ne passent plus. Son « f… » le renvoie cette fois directement au vestiaire alors que l’Américain menait 6-1 4-6 7-5 2-4 face à Mikael Pernfors. Fin de l’immunité. Rideau.

 

Marat Safin en slip

 

A très court terme cette décision - véritable coup de tonnerre à l’époque - a surtout profité à notre Yannick national, Noah croquant tranquillement Pernfors en quart de finale pour s’offrir une dernière demie, au crépuscule de sa carrière. Et à long terme ? Durant cet Open d’Australie 90, la plupart des joueurs ont affiché leur soutien à McEnroe, le jeune Pete Sampras trouvant ça, du haut de ses 18 ans, « regrettable et très mauvais pour le jeu. » Un mois plus tard à Toronto, même son ennemi juré Ivan Lendl, alors sur le point d’être naturalisé américain, avait semblé approuver son « pétage de plomb » : « Nous n’avons plus le droit d’exprimer notre opinion. J’ai quitté il y a 10 ans un pays de l’Est et je me retrouve aujourd’hui dans un système communiste qui s’appelle l’ATP Tour ». Il n’y a qu’à voir comment sont perçues aujourd’hui les petites folies d’un Fabio Fognini, seul joueur du top 20 à avoir frôlé la disqualification en 2014, pour comprendre que la mesure a remplacé la démesure depuis l’an 01 de l’ATP Tour. « McEnroe devait sans doute être disqualifié, mais depuis on est tombé dans l’extrême inverse. Après l’épisode de Melbourne, le règlement a encore resserré les boulons, note Rodolphe Gilbert, ancien 61è mondial aujourd’hui consultant à télévision. Même quand Marat Safin a baissé son short en 2004 pour célébrer un point incroyable à Roland-Garros, ce qui est plutôt drôle, il a été sanctionné ! On le dit souvent, le circuit est devenu trop formaté. Il y a peut-être moins d’erreurs d’arbitrage qu’avant, mais la plupart des joueurs maîtrisent totalement leurs nerfs. Côté spectacle, il y avait sans doute plus de show dans les années 80 ! » L’arrivée de la vidéo en 2006 a achevé de policer l’ensemble. Il n’y a guère que le jeune retraité Andy Roddick, l’un des derniers spécimens élevés à la graine de crapule, pour regretter l’importance prise par le Hawk-Eye : « Je voudrais qu’on diminue le nombre de challenges vidéo. Avec cette technologie, on a perdu beaucoup de notre personnalité. Quand un gars allait causer à l’arbitre, vous ne zappiez pas. Impossible », a-t-il déclaré fin décembre à la télévision américaine. Pas sûr que ce soit si facile de faire machine arrière…

 

Par Julien Pichené

Article rédigé par

So Press

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